Beaujolais, boisé attention danger ?


18/04/2014

Dans le Beaujolais, les consommateurs et les professionnels s'intéressent à nouveau aux vins du Beaujolais. Le moment est venu pour les vignerons de faire le bon choix, celui des terroirs et de leur nuances en se méfiant comme de la peste du goût boisé !

Attention, le titre de cet article ne doit induire personne en erreur. Le Beaujolais n'est pas en train de se convertir massivement à l'élevage en fût neuf de chêne et il en est même très loin. Ceci étant, la manifestation "Bien Boire en Beaujolais", organisée le 14 avril dernier a mis en évidence un début de "tendance" qui, avouons-le, nous inquiète un peu. "Bien Boire en Beaujolais" rencontre depuis quelques années un succès (110 vignerons participants et plus de 1 000 visiteurs cette année) qui reflète le regain d'intérêt des professionnels de la distribution (cavistes, sommeliers, importateurs...) pour les vins du Beaujolais. Pour la première fois, nous avons eu la surprise cette année de constater que de nombreux domaines terminaient la dégustation de leur gamme par une cuvée... boisée souvent présentée comme un vin "original", à part, voire comme le "must". Problème, dans beaucoup de ces vins, le goût boisé, léger mais quand même bien présent, avait souvent tendance à ressortir et à gommer les nuances entre les millésimes, les vignerons et les terroirs. C'est embêtant !

L'élevage long (18 mois et plus) en fûts de chêne plus ou moins neufs est pratiqué pour la quasi-totalité des plus grands vins rouges de France et de Navarre. C'est un fait ! On peut également comprendre la volonté de "montée en gamme" des vignerons du Beaujolais et pourtant, attention danger ! D'une part, le goût boisé n'est plus beaucoup à la mode chez les consommateurs, d'autre part, l'élevage en fût ne s'improvise pas si facilement que cela et enfin, il semblerait que le mariage entre gamay et fût de chêne ne soit pas toujours très heureux. Un élevage sous bois réussi doit se traduire par... un affinage en douceur, une "patine" discrète apportée au vin, une complexité aromatique qui vient en condiment et surtout, surtout sans dominer le plat. C'est compliqué. Il faut une bonne connaissance de ses terroirs, une relation privilégiée avec un ou plusieurs tonneliers et du temps pour y parvenir. Si encore une fois, la volonté affichée par ceux qui se lancent dans cette voie, au moins sur une partie de leur production, traduit l'intention louable de progresser, il ne faudrait pas que l'effet produit soit inverse de celui recherché... Il nous semble que s'il est une voie que les vignerons du Beaujolais doivent aujourd'hui privilégier pour "monter en gamme", c'est d'abord celle des terroirs, des "cuvées parcellaires" et de ce dossier d'un classement des climats viticoles dans lequel les crus viennent de s'engager sans retenue !

Bien Boire en Beaujolais 2014 nous a également permis d'avoir quelques confirmations sur les millésimes en cours de commercialisation : 2013 tire bien son épingle du jeu dans un style gourmand, avec des fruités très frais ; 2012 est une belle année "classique", un peu dans le style de 2010, avec des vins denses et purs ; 2011 est bien une très grande année, avec des vins très riches, charnus, suaves et précis.


Christophe Tupinier



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