Domaine de la Romanée-Conti, tout commence à la vigne...


28/10/2019

Le Domaine de La Romanée-Conti n’a pas d’autre objectif que de permettre à ses grands terroirs d’exprimer leurs nuances dans les vins avec la plus grande précision et la plus grande finesse possible. Et aucun détail n’est négligé pour y parvenir !


Dans le cadre de la réalisation du numéro 149 de Bourgogne Aujourd'hui "spécial 25 ans", Aubert de Villaine nous a ouvert les portes du Domaine de la Romanée-Conti. Il vous les deux-tiers de l'article sur le domaine à lire, ainsi que la totalité du dossier "25 ans en Bourgogne, ce quart de siècle qui a tout changé". Vous pouvez acheter Bourgogne Aujourd'hui 149 au numéro et/ou vous abonner. Tout achat d'une version numérique donne accès immédiatement au magazine en cours de parution en format pdf


Le terroir ! Exprimer la personnalité d'un terroir, d'un « climat », dans un vin est la grande philosophie viticole du moment en Bourgogne et dans beaucoup d'autres vignobles français. Dans ce domaine, il semble admis que la Bourgogne fait autorité pour beaucoup de raisons sur lesquelles nous revenons dans ce numéro « spécial ». Ceux qui connaissent un peu d'autres régions viticoles, savent que le Domaine de La Romanée-Conti bénéficie d'un statut à part, comme une forme de lieu saint que l'on ne profane pas. Nous exagérons à peine. Il le doit à celles et ceux qui se sont succédé à sa tête, à cette Romanée-Conti devant laquelle défilent chaque année des amateurs venus en pèlerinage, en simples curieux parfois aussi, du monde entier, et il le doit à une politique où tout est fait dans un seul but : révéler des terroirs viticoles tous uniques. « L'Europe, l'Europe, l'Europe », s'était un jour exclamé le Général de Gaulle, moquant ceux qui perdaient le sens des réalités et considéraient qu'il suffisait d'invoquer le mot « Europe » pour régler tous les problèmes. On pourrait en faire de même avec le mot « terroir », tellement utilisé qu'il en est souvent galvaudé. Le travail conduit au Domaine de La Romanée-Conti depuis la crise du phylloxera, à la fin du XIXème siècle, démontre que permettre aux terroirs d'exprimer toute leur complexité de climats dans un vin n'est pas chose aisée.

Au Domaine de La Romanée-Conti, tout commence logiquement à la vigne, ou plutôt à la sélection des vignes plantées en terre. Il faut savoir que la vigne de La Romanée-Conti et un hectare de Richebourg ont été protégés du phylloxera le plus longtemps possible, jusqu'en 1945 pour être très précis*, grâce à l'utilisation de sulfure de carbone. Le temps, espérait-on sans doute, qu'un « remède » soit trouvé pour sauver cette Romanée-Conti dont les origines remontaient en... 1584. Cette année-là, elle avait en effet racheté en friche, aux moines ; cette Romanée-Conti de 1945 était donc tout simplement la descendante en ligne directe et par provignage de cette replantation de la fin du XVIème.

Toujours est-il que grâce à ce travail de « sauvetage », toutes les replantations post-phylloxera réalisées au domaine jusqu'en 1945, l'ont été avec des greffons pris sur La Romanée-Conti et le Richebourg « vieux cépages ». « Ces greffons issus de La Romanée-Conti historique ont la particularité de produire des petites grappes à petites baies et depuis une trentaine d'années, nous prêtons une très grande attention à sélectionner ce type de greffons et à les multiplier pour les utiliser dans toutes nos replantations. Au fil du temps, nous avons ainsi sélectionné dans nos vignes une trentaine de lignées de plants fins et quand une parcelle est replantée, elle l'est en ayant recours à toute la diversité de ces lignées. À l'avenir, nous comptons compléter ce matériel végétal maison avec celui de l'association pour la sauvegarde de la diversité des cépages », explique Aubert de Villaine, le cogérant du domaine. (...)


Repères DRC

Domaine de 28 hectares, dont 26,30 en grands crus.

Organigramme

Cogérants : Perrine Fenal et Aubert de Villaine.

Directeur administratif : Bertrand de Villaine.

Chef de culture : Nicolas Jacob.

Chef de cave : Alexandre Bernier.

30 salariés caves, vignes et bureau, soit au total 33 salariés à temps complet hors gérants.



Retrouvez ci-dessous les commentaires de dégustation de 2 des 9 vins dégustés dans le cadre de la réalisation de ce dossier sur le Domaine de la Romanée-Conti.

Échézeaux 2008

Surface exploitée : 4.6737 hectares.

Âge moyen des vignes : 35 ans.

En Bourgogne, il y a encore seulement une dizaine d'années, les années se suivaient sans se ressembler ; c'est moins vrai aujourd'hui... Au chaud soleil de 2009, avait précédé la pluie et la fraîcheur de 2008 et ce jusqu'à la mi-septembre, avant que le soleil et le vent du nord ne fassent un retour presque miraculeux pour sauver la récolte. Quelques semaines de beau temps sec, ensoleillé et frais ont suffi pour faire un excellent millésime de chardonnay ; nous avons toujours été beaucoup plus mitigés en pinot noir... Cet échézeaux présente une robe rubis, légère, brillante. Le domaine est resté fidèle à sa philosophie de la vinification en vendange entière (70 % sur cet échézeaux), qui apporte un fruité pur, acidulé, une expression aromatique séduisante, délicate, presque évanescente que l'on retrouve très rarement en rouge en 2008 où c'est souvent le végétal qui domine en Bourgogne. La bouche est toute en dentelle, harmonieuse, avec un fruité croquant, des notes grillées, mentholées. Un ange passe... « Dans ce type de millésime, on peut s'en sortir et produire de beaux vins rouges à la trame classique marquée, à condition d'avoir dès le départ des petits rendements et de faire un tri rigoureux de la vendange ; la vigne n'oublie jamais sa charge initiale », rappelle Aubert de Villaine.


Romanée-Saint-Vivant 2003

Surface exploitée : 5.2858 hectares.

Âge moyen des vignes : 45 ans.

« Nous avons commencé de vendanger le 27 août, après deux ou trois petits orages qui ont apporté quelques pluies et surtout fait tomber les températures, ce qui a permis de récolter dans de meilleures conditions. Les degrés ne sont jamais montés très haut, 13, guère plus, en raison d'une forme de blocage des vignes par manque d'eau ; pourtant en fin de cuvaison, je trouve que les vins avaient un caractère un peu Porto. Cela s'est généralement atténué au fil du temps », commente Aubert de Villaine. Belle robe intense, profonde, peu évoluée. Le nez évoque assez peu un millésime aussi excessivement chaud que 2003 : arômes de fruits noirs légèrement confiturés, d'épices, de chocolat, de rose fanée, etc. En première bouche, le vin est encore un peu « monacal », bien typé finalement de la Saint-Vivant, avec de la matière, une ligne pure, presque saline et une légère note de surmaturation en finale. À l'aération, le vin garde sa précision, tout en s'étoffant, en prenant de la chair, du velouté, une forme de gourmandise apportée par le temps et que l'on retrouve souvent aujourd'hui sur les bons 2003.


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