Les gardiens du temple


03/08/2018

Vincent Barbier est le grand maître de la Confrérie des Chevaliers du Tastevin et Arnaud Orsel, son intendant général. Ils sont un peu les gardiens du temple, d’une institution qui a soufflé cette année ses 84 bougies et se porte toujours comme un charme.


La Confrérie des Chevaliers du Tastevin a été créée en 1934 dans un contexte économique difficile, où les vins ne se vendaient pas. Les temps ont bien changé. Le commerce est aujourd'hui florissant. Les missions de la confrérie ont-elles évolué ?

Vincent Barbier : La confrérie est toujours là pour promouvoir les vins de Bourgogne partout en France et dans le monde avec nos commanderies et sous-commanderies à l'étranger, aux USA, en Asie, Japon, Chine, Singapour, où cela se développe bien maintenant. La mission de base n'a pas changé parce que l'on sait bien que tout est cyclique. Le cycle actuel est très favorable aux vins de Bourgogne, mais on ne sait pas ce qui peut arriver demain.

Arnaud Orsel : La promotion en effet, avec un côté élitiste, on n'a pas honte à le dire, des soirées au Château du Clos-de-Vougeot, un lieu prestigieux, où les gens viennent en smoking, mais aussi avec le volet plus populaire des Saint-Vincent Tournante ouvertes à tous. Cette fête participe aussi à la promotion des appellations et ce n'est pas un hasard si la Saint-Vincent Tournante est allée à Chatillon-sur-Seine en 2013 pour fêter le crémant de bourgogne, à Irancy en 2016, et si début 2019, elle fera halte à Vézelay. La confrérie est là aussi pour pousser les jeunes appellations dynamiques. Il faut savoir que quand une appellation reçoit la SVT, tous les confrères dans le monde en sont informés ; on a servi de l'irancy à New York et des bouteilles de vézelay sont déjà parties pour la Californie. Beaucoup d'échanges existent aussi entre organisateurs.


Le monde de la communication change à une vitesse parfois affolante ; Internet existait à peine en 2000. Tous les anciens repères, les anciennes valeurs sont parfois balayés d'un revers de la main. Au milieu de tout cela, la confrérie semble indestructible, avec des rituels immuables, un même lieu, ces confrères habillés de rouge et d'or. Tout cela est délicieusement anachronique. Comment expliquez-vous que le succès reste au rendez-vous ?

VB : La recette de départ était excellente et on continue à rester fidèle à l'esprit, aux règles fixées par les pères fondateurs, des Bourguignons, dont les descendants sont toujours présents au grand conseil de la confrérie.


Quelles sont ces règles ?

VB : Un exemple : ne pas promouvoir des entreprises. Sur les étiquettes des vins servis pendant les chapitres, il n'est jamais fait mention du producteur, quel qu'il soit. Cette neutralité est essentielle ! Autre point important : nous ne nous vendons pas de vin ! Notre rôle, c'est la promotion de la Bourgogne, pas le commerce des vins.

AO : Nous ne sommes pas non plus immuables ! Des choses ont changé au niveau du Tastevinage ; au plan culturel, le festival Musiques et Vins et De Livres en Vignes ont été créés au Château du Clos-de-Vougeot, nous sommes en train de refaire notre site Internet pour donner des informations plus riches à nos confrères sur la Bourgogne. Les valeurs restent, mais les outils changent !

VB : L'une des recettes du succès réside aussi dans nos chapitres au Château du Clos-de-Vougeot. C'est l'harmonie entre un lieu magique, des repas gastronomiques, des vins sélectionnés et une animation à la fois culturelle, humoristique, de bon niveau. Des dîners de prestige, il y en a partout, mais nos chapitres n'ont pas d'équivalent dans le monde.


Vous véhiculez une certaine image de la France ?

VB : Je suis toujours sidéré de voir comment on est accueilli à l'étranger. Le vin de Bourgogne brille dans le monde et nous en sommes des représentants. Je suis allé le 20 mai dernier aux 25ème anniversaire de la branche russe de la confrérie, à Saint-Pétersbourg, au palais de Catherine II ; j'ai eu le droit de tirer le traditionnel coup de canon de midi, sur la forteresse Pierre-et-Paul, ce qui est un honneur réservé seulement aux personnalités, une différente chaque jour. Moi, Vincent Barbier, Grand Maître de la Confrérie des Chevaliers du Tastevin, j'ai été considéré comme quelqu'un d'important. Je n'en suis pas encore revenu !


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La Confrérie des Chevaliers du Tastevin.

La confrérie a été créée en 1934 à Nuits-Saint-Georges.

Elle compte aujourd'hui 12 000 confrères, 70 sous-commanderies dans le monde, dont 43 aux USA.

16 chapitres, 2 dégustations du « Tastenivage » (le 100ème a eu lieu en septembre 2017) et une assemblée générale sont organisés chaque année au Château du Clos-de-Vougeot ; château dont la confrérie gère la destinée depuis novembre 1944.

150 millions de bouteilles ont porté l'étiquette de la confrérie depuis la création du Tastevinage en 1950.

Arnaud Orsel est l'intendant général, le directeur au quotidien, salarié, de la société commerciale SBPE (Société Bourguignonne de Promotion et d'Édition) et de la confrérie. Vincent Barbier, grand maître, préside et représente la confrérie bénévolement. Le grand conseil compte quatorze membres, tous bénévoles également. La confrérie imagine les activités, et la société commerciale les gère.

20 salariés (confrérie et SBPE).



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