Un "coup de chaud" et... de la grillure !


01/08/2019

La seconde vague de canicule de la semaine dernière a fait des dégâts dans les vignobles avec par endroit de sévères phénomènes de grillure.

On s'y attendait un peu en voyant passer des photos sur les réseaux sociaux et en visitant ces derniers jours les parcelles de référence de l'interprofession disséminées dans toute la Bourgogne, Christine Monamy, responsable agro-météo au BIVB, a pu constater que la principale conséquence, pour le vignoble bourguignon, de la vague de chaleur de la semaine dernière, c'est la grillure, particulièrement sévère dans les secteurs effeuillés et rognés récemment. Faute d'un couvert végétal suffisamment épais, des baies ont grillées et on observe jusqu'à 40% de perte dans les cas extrêmes. Précisons bien : les cas... extrêmes, qui ne sauraient en aucun cas être considérés comme une moyenne régionale, qu'il est d'ailleurs totalement impossible d'évaluer à ce jour. Toujours est-il que personne n'y a échappé ; toutes les appellations et tous les cépages ont été touchés, mais à des degrés très divers.

L'effeuillage peut-être intéressant, tout particulièrement pour les cépages rouges : pinot noir et gamay. En aérant et en exposant les raisins au soleil, il limite les risques d'installation de la pourriture, tout en favorisant la synthèse des composés phénoliques contenus dans la peau et tout particulièrement les anthocyanes (la couleur). Intéressant... mais à haut risque en année chaude comme 2018 ou 2019 et quand il est fait au mauvais moment ; l'idéal est d'effeuiller très tôt, juste après la floraison pour laisser la vigne "s'habituer" ensuite à la chaleur, ou très tard, si l'année s'avère humide et propice au développement de la pourriture à l'approche des vendanges. La grillure est le fruit d'un processus de plusieurs jours qui voit la baie se flétrir, changer de couleur puis de dessécher totalement sous l'effet des rayons du soleil de la fin de journée. Un gros coup de soleil en quelque sorte !

Pour le reste, après deux mois de beau temps sec, ensoleillé et chaud, les vignobles de la Grande Bourgogne (Beaujolais et Bourgogne) se portent à merveille, sans la moindre de trace de mildiou et avec quand même de l'oïdium sur les feuilles dans les parcelles sensibles. En volume, on peut s'attendre à ce que la récolte soit très inférieure à 2018 suite au gel de printemps, à une floraison étalée qui a engendré coulure et millerandage, à un peu de "casse" dans les rangs en raison de périodes très ventées, à quelques orages de grêles (Savigny-Chorey, Saint-Boil-Saint-Gengoux, Aloxe-Corton, Jambles-Mercurey-Givry pour la Bourgogne ; Lantignié-Beaujeu-Saint-Lager, Theizé, Ternand, Vaux-en-Beaujolais-Le Perréon, Saint-Etienne la Varenne, Saint-Etienne des Oullières pour le Beaujolais) sans dégâts majeurs en dehors de quelques secteurs et donc maintenant à la grillure...

Côté qualité, tous les éléments sont en place pour donner une nouvelle grande année en 9... à condition qu'il pleuve un peu. Les pluies très disparates (5 mm au nord de la Côte de Nuits, 56 mm à Beaune, 30 mm à Régnié...) du week-end dernier ont fait du bien à la végétation, mais sans résoudre loin s'en faut le problème structurel de sécheresse qui sévit dans la région depuis deux ans. A ce jour, les vignes sont belles mais elles "patinent" un peu en raison du manque d'eau ; la véraison (quand la baie passe du vert au bleu-noir) a du mal à progresser et la pluie est attendue avec impatience, ce qui est rarement le cas en Bourgogne et dans le Beaujolais à cette période de l'année.


Christophe Tupinier


retour