Vins blancs : Bourgogne, Bordeaux, Alsace, le match !


06/01/2014

La Bourgogne et l'Alsace produisent de grands vins blancs secs de garde, ce que l'on sait moins pour Bordeaux. Il n'est jamais trop tard pour apprendre et à l'aveugle, c'est encore mieux...

Votre serviteur a la chance de faire partie d'un club de dégustation bordelais aussi actif qu'amateur de grands vins blancs de Bourgogne. C'est un peu plus nuancé pour les rouges (de Bourgogne), mais peu importe et au fil des années et de quelques mémorables "match" informels entre vins rouges des deux régions, l'idée a germé d'une rencontre... sur les blancs, car Bordeaux produit encore en effet quelques trop rares vins blancs secs de tout premier ordre. Le domaine de Chevalier, grand cru classé de Graves (en blanc et pas en rouge), AOC Pessac-Léognan, dirigé par Olivier Bernard fait parti de ces "résistants" des grands vins blanc secs à Bordeaux. Au domaine de Chevalier, 37 hectares sont plantés en cépages rouges et 5 en blancs : 70% de sauvignon pour la fraîcheur et 30% de sémillon pour la matière. Le domaine de Chevalier bénéficie d'un micro-climat naturellement frais : "très propices aux vins blancs, plus compliqué pour les rouges", reconnait Olivier Bernard. Les vins blancs sont vinifiés et élevés "à la bourguignonne", en fûts de chêne, sur lies fines, pendant au moins 18 mois. L'objectif est donc résolument affiché de produire des vins racés, purs, harmonieux et de longue garde.

L'idée de départ d'organiser une verticale du domaine de Chevalier a évolué dans l'esprit d'Olivier Bernard, pour déboucher sur une dégustation à l'aveugle en trois séries de trois vins (tous servis en carafe), mélant vins du domaine de Chevalier, de Bourgogne, avec un "intru" alsacien, par ailleurs remarquable. L'objectif ? Se faire plaisir et éventuellement essayer de reconnaître les millésimes, les cépages et donc les régions viticoles, un triple-défi face auquel les membres du club, votre serviteur en tête, ont eu bien du mal à faire face. Tout ceci nous ramène à l'esprit cette remarque de Lionel Lecomte, meilleur sommelier de France à la fin des années 1990, qui nous expliquait avec beaucoup d'humilité quelques jours après sa victoire : "vous me demandez s'il est facile de reconnaître des AOC à l'aveugle ? Sur une bouteille d'une vingtaine d'années, quand on reconnait les cépages et la région, c'est déjà pas mal !". L'honneur est sauf !

Christophe Tupinier

PS : un grand merci à Olivier Bernard et à son frère Frédéric pour l'organisation.

Série 1

Chablis premier cru la Forest 1993 (Dauvissat) - 15 sur 20

Puligny-Montrachet premier cru Champs Gains 1993 (Henri Clerc) - 18 sur 20

Meursault village domaine des Comtes Lafon 1993 - 17 sur 20

Olivier Bernard est un "coquin" et pour cette première série, faute d'engager le fer, il a choisi d'offrir une déclinaison de trois vins blancs de Bourgogne, sur un même millésime (1993), aux évolutions diamétralement opposées ; notons peut-être quand même un air de famille "chardonnay". Pour le reste entre le chablis "adolescent", salin à souhait, ciselé, à la robe très jeune, le puligny doré-acajou, au fruité croquant, crémeux, miellé, aux arômes épicés, confiturés et un meursault (la simple cuvée "de base" en meursault du domaine, c'est à noter), élégant, discret, aux notes classiques de noisettes grillés, de fruits secs, à la bouche harmonieuse, magnifiquement évoluée, difficile pour une maman d'y retrouver ses petits.

Série 2

Bâtard-Montrachet grand cru 1993 (Olivier Leflaive) - 18 sur 20

Chevalier-Montrachet grand cru 1993 (Olivier Leflaive) - 13 sur 20

Domaine de Chevalier grand cru classé 1993 (magnum) - 16,5 sur 20

Olivier Bernard est un coquin acte 2, puisqu'il avait donc choisi de resservir trois sujets du même millésime 1993 sans que personne évidemment ne s'en rende compte... Mettons de côté le chevalier-montrachet manquant de précision à notre goût en liaison avec un problème de bouteille, de bouchon sans doute. Sur les deux autres vins, le "match" a bien eu lieu, avec deux belles évolutions dans un millésime pas facile dans les deux régions. Le bâtard-montrachet de la maison Leflaive présente un nez frais et mûr à la fois sur des notes mêlées de noisettes, d'épices, d'amandes... En bouche, le vin est riche, enrobé, tout en gardant une belle précision aromatique ; un bâtard très "classique" finalement d'une belle évolution de vin blanc en Bourgogne. Opposition de style avec le domaine de Chevalier presque plus jeune (l'effet magnum sans doute), au nez d'agrumes, à la bouche pure, fine et tonique.

Série 3

Domaine de Chevalier grand cru classé 1983 - 16 sur 20

Riesling cuvée Frédéric Emile 1983 (Maison Trimbach) - 18 sur 20

Montrachet grand cru 1983 (Ramonet) - 16 sur 20

Quelle série pour terminer ! Il faut bien admettre que "l'intru" de la soirée a brillé de mille feux ce qui n'étonnera pas grand monde pour qui connait la maison Trimbach et la cuvée Frédéric Emile, issue des terroirs exposés sud et sud-est de Geisberg et Osterberg, à Ribeauvillé ; un vin d'une classe folle, riche à souhait, tendu, avec des touches pétrolées très fines, complétées de notes de fruits jaunes mûres et fraîches. Le domaine de Chevalier révèle un style plus généreux que sur 1993, avec une bouche dense, harmonieuse, pour un vin à son apogée. Que penser enfin de cette cuvée "mythique" qu'est le montrachet 1983 de chez Ramonet ? Le vin est digne de son rang, plein, compact, profond, mais pas tout à fait au niveau auquel nous l'attendions ? Aurait-il mérité une ou deux heures de carafe en plus ? Il nous semble plutôt que le vin ou plutôt la bouteille était là-aussi à son apogée.

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