Après avoir scruté les créations de micro-négoces en début d’année, Bourgogne Aujourd’hui s’est posé la question des jeunes qui reprennent des domaines. Cela serait théoriquement plus simple du fait que le patrimoine foncier et matériel est déjà là. Mais c’est oublier que les « problèmes de riches » sont des problèmes. Et que tout le monde n’est pas riche dans la viticulture bourguignonne. C’est pour ça qu’on est allé partout, de Saint-Bris-le-Vineux à Vergisson en passant par Gevrey-Chambertin et Meursault. Et, riches ou pauvres, tout le monde a les mêmes problèmes, comme le gel, les intempéries, les tracasseries administratives, avec une culture qui ne produit qu’une fois dans l’année. Il ne faut surtout pas oublier qu’une succession, une reprise, c’est aussi une affaire d’affects, de destins, de générations. Reprendre, ça n’est pas seulement se confronter à la nature et au commerce, c’est aussi apporter une dimension supplémentaire à des relations filiales et familiales qui ne sont déjà pas toujours simples en elles-mêmes. Et c’est aussi se poser la question « Quel est l’enjeu de ma génération ? », « Qu’est-ce que je vais apporter moi ? », en devant gérer l’existant, et ceux qui parfois pensent que c’était mieux avant, sans toujours bien savoir de quoi demain sera fait.
Chaque domaine est unique
Nous avons interrogé neuf domaines. Ils partagent des problématiques communes, même si, au final, chaque domaine est unique. On tend à l’oublier, surtout vu de l’extérieur de la Bourgogne, où les grands domaines trustent l’attention médiatique, mais la viticulture bourguignonne est surtout faite de domaines modestes où les enjeux financiers et commerciaux n’ont rien à voir avec les quelques exploitations qui ont du musigny ou du montrachet. Quand on est une petite exploitation familiale, dans les Hautes-Côtes, comme le Domaine Nicolas, chaque décision financière doit être mûrement réfléchie. De même Guilhem Goisot, qui produit surtout des bourgognes côtes-d’auxerre, nous a bien expliqué qu’il fallait être patient. Les investissements doivent être anticipés, les décisions familiales prennent du temps et nécessitent souvent de la diplomatie. À l’autre bout du spectre, on trouve des domaines à forte notoriété comme les Trapet à Gevrey-Chambertin, les Comtes Lafon ou le Domaine Roulot, à Meursault. Là évidemment, le côté patrimonial des successions n’est pas neutre. Mais la gouvernance n’en est pas moins une question. On voit bien aussi que, même dans une AOC prestigieuse comme meursault, les situations sont contrastées. Si le prix des terres est le même pour le Domaine Buisson-Charles, la valorisation des bouteilles n’est pas la même. La modestie, la sagesse paysanne, l’ardeur au travail, restent pour tous des qualités essentielles pour mener l’exploitation familiale jusqu’à la prochaine génération.
Passage de relais
Si chaque domaine a ses propres questionnements, la reprise familiale est un sentier balisé. Il implique au moins deux générations, qui s’entrechoquent ou pas, il mélange des affects et du travail, et des questions patrimoniales qui, sur certaines appellations, peuvent être lourdes. Voilà neuf cas concrets, dans toute la Bourgogne, où on découvre finalement que les questions qui se posent sont les mêmes.