L’aligoté a longtemps souffert de son image. Considéré comme un vin « bas de gamme », il a été relégué au second plan derrière le chardonnay, étant souvent planté massivement sur des terrains plats et fertiles pour produire de gros volumes au détriment de son expression. Résultat : des vins dilués, marqués par une acidité et une maturité insuffisante. Un véritable cercle vicieux s’est installé. Vendu à bas prix, l’aligoté devait produire des volumes importants pour rester rentable, ces rendements élevés donnaient naissance à des vins de mauvaise qualité, qui peinaient à trouver leur place sur le marché et étaient donc vendus à prix cassés. Pourtant, historiquement, l’aligoté occupait des terroirs de qualité et se vendait au même prix que le chardonnay dans les années 1920.
Depuis une dizaine d’années, grâce à des vignerons passionnés et visionnaires, ce cépage bourguignon historique retrouve ses lettres de noblesse et séduit un nouveau public. Il connaît une véritable renaissance ; les consommateurs et les professionnels se le réapproprient. Les plantations remontent progressivement sur les coteaux, et le travail parcellaire permet de révéler une autre facette du cépage. Si l’aligoté est devenu « fashion » comme le définit Sylvain Pataille, c’est aussi parce qu’il est un bon vin « de table », de repas. Sa fraîcheur et son acidité bien intégrée lui permettent de s’accorder avec une large palette de mets : huîtres, charcuteries fines, fromages affinés ou encore cuisines asiatiques. Moins oxydatif que le chardonnay, l’aligoté se prête également plus facilement aux vinifications avec peu ou pas de soufre, aux élevages en amphores ou aux expérimentations de macérations pelliculaires. Cette liberté stylistique renforce sa nouvelle image de modernité et attire une clientèle curieuse et sensible aux vins nature. Autre atout majeur, son identité. L’aligoté reste un vin de Bourgogne mais sans le poids de l’étiquette ni les prix parfois dissuasifs des grandes appellations. Il séduit une génération qui ne boit plus « un nom » mais recherche un style de vin.
La création de l’association des Aligoteurs en 2018 a marqué une étape importante dans ce renouveau. Elle rassemble aujourd’hui plus de 70 adhérents autour d’une ambition commune : défendre une autre vision de l’aligoté, fondée sur le terroir et la qualité. Dégustations, salons, actions de promotion en France et à l’étranger, mais aussi travail de fond sur le matériel végétal avec la création en 2019 du Conservatoire de l’Aligoté, contribuent au rayonnement du cépage.