Vos parcours sont très différents. Comment avez-vous fini par travailler ensemble ?
Marc Ouvrié : Nous sommes de la même promo à Bordeaux, mais nous avons eu l’occasion de travailler ensemble seulement à partir de 2017, en prenant part à une grande étude sur les gelées en Bourgogne.
Benjamin Bois : À ce moment-là, nous avons pris conscience du besoin d’informations et d’accompagnements des producteurs pour s’adapter à la nouvelle donne climatique. D’où ce travail en binôme régulier sur certains projets.
Quel est le rôle de chacun ?
BB : Mon travail, c’est le diagnostic : je traite et analyse les données collectées par des capteurs de températures, que nous avons préalablement installés dans les vignes. Avec ces données, j’édite une cartographie du climat [lire encadré] du territoire étudié.
MO : Je m’occupe plutôt de l’aval, de la « prescription », avec des propositions de stratégies ou d’investissements pour le client. J’ai une approche transversale, qui tient compte des aspects techniques, économiques, de la main-d’œuvre disponible ou du commercial. Un peu comme un médecin généraliste.
Cela fait plusieurs années que vous conseillez producteurs et interprofessions. Quel est votre constat sur les conséquences du dérèglement climatique en viticulture ?
BB : Le plus marquant, c’est sûrement les modifications dans le calendrier, avec des cycles plus courts, donc des vendanges plus précoces, donc des profils de vins différents.
MO : Et bien sûr, les dégâts qui affectent les récoltes. En premier lieu, le gel printanier, les fortes chaleurs, et l’excès d’eau qui entraîne une pression des maladies.
BB : Tout ça n’est pas uniforme en France. En moyenne, les vignobles méridionaux sont plus exposés aux canicules, les vignobles septentrionaux aux gelées. Et le dérèglement semble pour l’instant plus intense dans les vignobles du nord, comme la Bourgogne.
« Je mets au défi ceux qui prédisent la fin du vin en Bourgogne de conseiller aux vignerons d’arracher les grands crus », Benjamin Bois.