Vendanges à Meursault.

Millésime 2025 : une belle année… et un goût d’inachevé

Depuis toujours, la dernière ligne droite est la période la plus importante dans la qualité d’un millésime en Bourgogne. Ces deux ou trois dernières semaines précédant les vendanges pendant lesquelles le raisin mûrit et reste en bon état sanitaire… ou pas. En 2025, la perspective d’un grand millésime se précisait mois après mois et patatras. Les trois dernières semaines marquées par des conditions météo dantesques (canicule extrême suivie par des trombes d’eau) ont un peu gâché la fête. Alors attention, le millésime est de qualité, il garde un vrai acquis de ce bel été, mais il lui a manqué la « finition », raison pour laquelle nous parlons d’un goût d’inachevé. On n’est jamais content…

On peut sans doute refaire un match, mais pas le passé ! Il est quand même tentant de nous lancer dans un peu de météo fiction. Et si, après une saison végétative quasi idéale jusqu’alors, avec beaucoup de soleil, des pluies sans excès, juste comme la plante en a besoin, sans plus, le thermomètre n’était pas grimpé à plus de 40° pendant la semaine du 15 août 2025 ? Il est probable que les vignes ne se seraient pas bloquées et que les raisins n’auraient pas perdu une partie de leur jus tout en subissant par endroits des phénomènes de flétrissement. Et si, dans la foulée de cette semaine de fournaise, il n’était pas tombé plus de 200 mm de pluie (250 dans certains secteurs) dans les trois semaines qui ont suivi ? Bref, sans cet enchaînement de conditions climatiques extrêmes, qui deviennent désormais la norme presque tous les ans (n’oublions pas les records de pluviométrie de 2024, les records en cours de chaleur pour 2026…), avec deux dernières semaines de « finition » juste normales, avec un peu de pluie, du soleil, une chaleur modérée, et bien la Bourgogne aurait sans aucun doute produit un grand, voire un très grand millésime 2025 et ce dans les deux couleurs, dans la lignée de 2022, 2020, 2019 ou 2015. Mais voilà, avec des « si », comme disait ma grand-mère…

Plus de 41° à l’ombre

Mais redéroulons calmement le film du millésime, avec comme point de départ un débourrement précoce après un nouvel hiver clément. Le gel printanier n’a pas fait de dégâts notables et la vigne a donc continué son petit bonhomme de chemin jusqu’à la floraison qui s’est toutefois déroulée dans des conditions mitigées, avec à la clef une première baisse du potentiel de récolte ; la seconde étant liée à la canicule de mi-août. La suite du film tient du « Club Med », avec des mois de juin, juillet et une première moitié du mois d’août sans histoire, des arrosages réguliers, sans excès, du beau temps à gogo, des pressions de mildiou et d’oïdium très faibles, bien maîtrisées, jusqu’à ce fameux « coup de chaud » de la semaine du 15 août, avec des pointes à plus de 41° à l’ombre. La vigne est une plante méditerranéenne, qui ne craint pas la chaleur, jusqu’à un certain point. Les vignes se sont figées sous l’effet de la canicule et si les degrés ont continué de grimper, parfois sans doute (restons prudents sur ce point) à de bons niveaux, c’est par effet de déshydratation et pas par photosynthèse classique. En résumé, les degrés avaient sans doute parfois bonne allure mais du point de vue de la maturité physiologique (les peaux, les pépins, les tanins, les rafles), alors le compte n’y était pas. Précisons quand même que la Bourgogne présente une extraordinaire diversité de climats, mais aussi de types de sols, de matériels végétaux, de pratiques agronomiques et œnologiques qui rendent toute tentative de généralisation bien hasardeuse. Au 17/18 août, quand les premiers coups de sécateurs ont été donnés, essentiellement pour les vins blancs de la Côte de Beaune et de la Côte Chalonnaise, il est donc possible que certaines parcelles étaient déjà bien mûres, mais de l’avis des œnologues rencontrés, qui suivent des dizaines de clients, ce n’était pas le cas partout, loin de là.

En 2025, les vins rouges présentent un profil enrobé, tendre et ils seront globalement délicieux à boire jeunes.

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