Vous êtes tous les deux issus de domaines familiaux, mais avec des trajectoires différentes. Quels sont vos parcours ?
Bastien Jolivet : J’ai repris le domaine en 2014. Mon père avait cinq hectares de vignes en appellation Saint-Joseph, à Saint-Jean-de-Muzols. Jusqu’en 2014, il amenait toute sa vendange à la cave coopérative. Quand je suis revenu sur l’exploitation, on a agrandi petit à petit le domaine et aujourd’hui on exploite treize hectares, dont neuf en Saint-Joseph.
Edgar Cuilleron : Je suis revenu sur la propriété en 2021 au poste de chef de culture. Le Domaine Cuilleron représente 80 hectares de vignes. Il est situé à Chavanay, sur le village le plus au nord de l’appellation. Le saint-joseph est l’un de nos plus gros cœurs de production ; on exploite près de vingt hectares, avec une majorité de parcelles situées au nord du vignoble.
Que refusez-vous de reproduire par rapport à la génération précédente ?
B.J. : Dans les années 1990-2000, on a beaucoup replanté en coteau et assez vite. Nos parents avaient dû les abandonner et, ensuite, on leur a demandé d’y retourner. À l’époque, on a cherché à planter des syrahs qui produisent et qui font du sucre et c’est là que sont arrivées les sélections clonales. Il y a eu certains clones qualitatifs, d’autres moins, qui, après vingt-cinq ans, s’avèrent dépérissants. Aujourd’hui, sur notre domaine, on arrache ces vignes pour essayer de replanter de belles sélections massales, pour refaire des vignobles qui durent 100 ans. C’est donc une chose qu’on changerait aujourd’hui mais sans faire de reproche sur ces choix du passé.
E.C. : C’était aussi une époque où l’aura de Saint-Joseph n’était pas la même. Il fallait assurer une certaine quantité parce qu’on ne pouvait pas valoriser les coteaux. Le travail réalisé par nos parents a permis à Bastien et à moi de nous installer chacun de notre côté. Il y a donc eu la nécessité de produire plus et de faire des choix sur le matériel végétal, mais également un travail collectif vers la qualité, notamment sur les vinifications et les potentiels de garde.