Thomas Seiter (président de la Maison Louis Jadot) : « Je ne suis pas venu pour renverser la table »

Arrivé à la tête de la Maison Louis Jadot fin 2022, Thomas Seiter dresse le bilan de ses premières années. Acquisition de la Maison Picamelot, évolutions de la consommation, défis climatiques… Le dirigeant dévoile les défis de sa maison dans une filière en pleine mutation.

La première partie de votre carrière s’est déroulée chez LVMH. Qu’est-ce qui a motivé votre bascule vers des entreprises familiales ?

La crise de 2008 a agi comme un déclencheur. Dans les grands groupes cotés, même lorsque l’entreprise est très prospère, vous travaillez inévitablement pour rassurer le cours de l’action. J’aspirais à rejoindre des environnements familiaux où la seule priorité est que la société reste saine et pérenne.

 

Votre départ de la Maison Bouchard Père & Fils fin 2022, est-il directement lié à son absorption par la holding Artemis, de la famille Pinault ?

J’ai tenu à accompagner la famille Henriot tout au long de cette fusion. Elle est devenue minoritaire, la famille Pinault détenant désormais 75% du capital de la nouvelle structure. Pour la suite, ils avaient déjà quelqu’un pour diriger. Et je ne partageais pas pleinement la nouvelle vision stratégique. Jadot cherchait alors un successeur à Pierre-Henry Gagey, le timing était parfait.

La cuverie de la maison Jadot, à Beaune.

Voilà un peu plus de trois ans que vous avez été nommé à la présidence de la Maison Jadot. Quel bilan personnel tirez-vous de ces premières années ?

Il y a eu plusieurs phases distinctes. L’essentiel, au moment de mon arrivée, a été de veiller à m’intégrer parfaitement sans bousculer la maison. C’est une vraie responsabilité : il ne faut surtout pas créer de turbulences non nécessaires. Pierre-Henry Gagey avait accompli, avant moi, un travail absolument incroyable. Je ne suis donc pas venu pour renverser la table, cela aurait été sans aucune utilité. J’ai pris le temps nécessaire pour bien assimiler les forces, les faiblesses et les valeurs de la maison. Ensuite, nous avons tous été extrêmement occupés par l’adaptation aux fortes perturbations extérieures. Depuis 2021, l’environnement bourguignon est en évolution permanente, avec des profils de récolte complexes qui impactent nos achats, et un ralentissement économique sur des marchés comme les États-Unis.

 

« La Maison Jadot ne rentre pas dans la bulle, c’est Picamelot qui y reste »

 

L’attrait pour les vins immédiats, fruités, et moins alcoolisés reflète un bouleversement des modes de consommation. Une maison comme Jadot, réputée pour son respect de la tradition, doit-elle y prêter attention ?

Nous avons la responsabilité d’y prêter attention, sans pour autant céder à une panique contre-productive. L’histoire de notre maison, c’est d’être des vignerons ancrés dans une mosaïque de terroirs d’une richesse exceptionnelle. Les vins arrivent certes sur les tables de plus en plus tôt, un phénomène amplifié en Bourgogne par le manque de volumes ces dernières années. On voit que les rouges plus souples et digestes sont à la mode, ce qui avantage nos cépages comme le pinot noir et le gamay. Cependant, si vous cultivez des vignes en grands crus Musigny ou Chambertin-Clos de Bèze, vous n’allez pas adapter votre vinification pour coller à une mode éphémère.

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