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publié le 25 janvier 2018

Saint-Vincent : Nos dégustateurs s’entrainent !

 

Les dégustateurs de Bourgogne Aujourd’hui dégustent des milliers d’échantillons tous les ans dans le cadre des dégustations du magazine et comme si cela ne suffisait pas il s’entrainent encore à côté. Frédéric Villain, amateur éclairé, pharmacien de formation, participe à nos dégustations depuis une petite dizaine d’années. Il a été invité le 22 janvier dernier à la Saint-Vincent de Chambolle-Musigny ; il faut en effet savoir que dans beaucoup de villages viticoles on organise le jour de la Saint-Vincent (le 22 janvier) une fête, qui se termine par un solide repas-dégustation au cours duquel chacun amène ses bouteilles. Les vignerons invitent parfois des amis ou des clients. Bref, on ne rigole pas dans ce type de manifestation et Frédéric n’a pas rigolé ! Avec le sérieux, la rigueur et l’abnégation qui le caractérisent il a mis un point d’honneur à déguster tous les échantillons qui circulaient, reconnaissant bien volontiers qu’à partir de 60 bouteilles il avait : “arrêté de compter”. On le comprend… et voici donc son récit de cette journée bien particulière au coeur de l’une des traditions bourguignonnes les mieux ancrées dans le paysage régional.
” Pourquoi
Saint-Vincent est-il devenu le Saint Patron des vignerons? Comme toujours en
pareil cas, les légendes prennent le pas sur l’Histoire. Une chose est « sûre
», il serait mort à Saragosse au Ve siècle, torturé sur un engin
ressemblant à un  pressoir. Prénom-jeu de mot entre « vin et sang », date
calendaire correspondant à une période creuse dans le vignoble… sont quelques explications avancées pour le choix de ce saint qui eut peu de choses en
commun avec la vigne de son vivant. Quoiqu’il en soit, la tradition populaire fut
rapidement ancrée, faisant dire à un dicton Bourguignon du XIXe siècle  « Prends
garde au jour de la St-Vincent, car si ce jour tu vois et sens que le soleil
soit clair et beau, nous aurons plus de vin que d’eau ».
La
première Saint-Vincent tournante a eu lieu à Chambolle-Musigny en 1938. En
marge de cette cérémonie annuelle, se déroulent toujours, mais de façon plus
discrète, tous les 22 janvier, les Saint-Vincent de villages organisées par les
sociétés de secours vigneronnes ; Chambolle-Musigny, en Côte de Nuits, a su maintenir cette
tradition. La journée commence par une messe qui est l’occasion de rendre hommage à Saint-Vincent, porté à l’église par le vigneron qui aura la chance de le garder pour
l’année, de le mener à la procession de la Saint-Vincent tournante (ce week-end à Saint-Véran, dans le Mâconnais) et plus prosaïquement d’offrir à l’issue de l’office « un » vin d’honneur à l’ensemble
des habitants du village.
Et
comme en France « tout finit toujours par un banquet », Chambolle-Musigny ne
déroge pas à la règle avec une Paulée, somme toute confidentielle, organisée par la
société d’entraide vigneronne du village pour ses membres vignerons,
leurs proches et employés et parfois quelques « privilégiés ». Une
belle occasion pour faire un arrêt sur quelques-unes des plus belles cuvées que
nous avons pu déguster, s’il fallait faire un choix, parmi les plus de 60 qui cette année
sont passées de tables en tables au cours de ce banquet qui se prolongera fort
tard dans la soirée.”

VINS BLANCS Logiquement, les vins blancs dégustés venaient d’autres appellations bourguignonnes
plus propices au chardonnay, mais quelques producteurs chambollois avaient
amené leur production dont deux blancs sont ressortis.
Hautes-Côtes de Beaune En Vallerot 2015 // Domaine G&C Felettig (magnum)Une vraie réussite pour une appellation générique
qui offre en bouche un côté minéral, une tension sur la pierre mêlée à de
jolies saveurs agrumes. Il y a un beau volume qui se maintient sur une finale
saline et longue. Belle découverte.
Nuits St Georges 1er
cru Clos de la maréchale 2011 // Domaine J-F. Mugnier.Le millésime prend un peu le dessus. Le vin apparaît comme
strict en mise en bouche, mais il gagne en finesse dans le verre. La bouche est droite, racée
et se poursuit par une jolie finale sur la chair de poire.

VINS ROUGES

Morey-Saint-Denis village En la Rue
de Vergy 2015 // Domaine G&C Felettig (magnum)Un vin d’une belle droiture, tout en jeunesse mais
tout est là équilibre et tanins et structure pour que le temps fasse son oeuvre.
Une de ces bouteilles qui ne demandent qu’à attendre. Aux âmes bien nées… mais ira loin.
Chambolle-Musigny 1er cru Les
Bussières 2009 // Domaine Sigaut (magnum)
Une bouche très soyeuse, avec ce qu’il faut de poivre blanc, de noyau de cerise
pour donner une puissance élégante. Quel équilibre ! La finale est longue,
“pinotante”, avec une pointe de réglisse.
Musigny grand cru 2001 //
Domaine JF Mugnier (magnum)Un
vin à son apogée et qui, s’il ne gagnera plus, exprime tout ce que l’on attend
d’un grand cru de plus de 15 ans : un soyeux mêlé à un volume un grandeur
élégante avec des tanins racés qui soutiennent le tout comme une cathédrale.
Magnifique retro-olfaction sur la cerise kirschée.
Chambolle-Musigny 1er cru Derrière la Grange 2009 // Domaine Amiot-Servelle (magnum)Une texture superbe avec une
petite trame qui donne l’impression de croquer des baies noires. Élégance et
puissance sont les maîtres mots d’une bouche pleine et ample. Il y a du vin,
des tanins structurants magnifiques. Ici aussi, une retro-olfaction d’une
interminable longueur.
Chambolle-Musigny 1er cru Les Combottes 2007 // Domaine Georges Roumier (magnum)Non mais quel toucher de bouche ! Finesse élégance
et une trajectoire en bouche où il ne manque rien. Les mots sont
parfois inutiles… Ce vin est la définition idéale d’un Chambolle-Musigny premier cru sur un millésime souvent décrié,
mais qui aujourd’hui est en plénitude.
Clos de Vougeot grand cru 2002
// Domaine Hudelot-Noellat (magnum)
Un vin superbement patiné par le temps, avec une bouche équilibrée, satinée, sur
de l’eau de vie de cerise. La bouche est pleine et laisse
place à une retro-olfaction en queue de paon, magnifique sur des arômes de
framboises, de kirch…

Ruchottes-Chambertin grand cru 1995
// Domaine G. Roumier (magnum)Le nez “renarde” élégamment, mêlés à des odeurs de cuir. On peut aimer la jeunesse
d’un pinot et aussi le temps de sa maturité. C’est souvent là que se définissent
les grands vins. En bouche, pas la moindre dissociation entre alcool et matière.
Si cette dernière n’a plus le volume ou la corpulence de sa jeunesse, la patine
lui a donné des saveurs d’eau de vie de cerise, qui tapissent bien la bouche tout
en subtilité, en droiture. Le vin exprime sa race sur
une longueur de bouche qui n’en finit plus.

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