La récolte des appellations Brouilly et Côte-de-Brouilly a été sérieusement amputée par les orages de grêle de juin et juillet (photo : David Bessenay).

Beaujolais : une récolte 2026 solaire et peu abondante

Maigre en volumes et généreuse en degrés, la récolte 2026 qui s’approche du terme pour de nombreux vignerons, marque les esprits en Beaujolais. Si le Sud du vignoble semble mieux loti, la qualité du millésime dépendra pour partie de la capacité des vignerons à bien gérer les (des)équilibres sucre-acidité.

 

Comme chaque année, la grêle a fait des victimes en Beaujolais. Cette fois-ci, les vignerons des crus Brouilly et Côte-de-Brouilly comptent parmi les plus malchanceux. « On a été touchés deux fois, en juin et en juillet, on ne va pas dépasser les 20 hl/hectare (ha) », jauge Boris Gruy directeur du Château de la Chaize, à Odenas. Sans surprise en cette année caniculaire, les degrés sont très élevés « on flirte avec les 14 » et si l’acidité est correcte, « la malique est très basse ». La vinification sera donc « délicate, technique, surtout pour nos cuvées en levures indigènes ». Sur les parcelles de chardonnay du domaine situées au cœur des Pierres Dorées (Jarnioux), la récolte est en revanche magnifique en qualité mais aussi en volume. Les raisons ? « Il a plu 30 à 40 mm de plus dans le Sud et le terroir argilo calcaire fait éponge et puis on a décidé de ne pas rogner pour protéger les raisins », analyse le vigneron.

Comme dans de nombreux domaines, les vendanges se terminent cette fin de semaine au château de Pierreux (110 hectares) à Odenas (photo : David Bessenay).

Plus d’eau dans le Sud du Beaujolais

À Lantignié, Frédéric Berne n’est pas loin d’en terminer avec la récolte 2026. Ses filets paragrêle (sur 4,5 ha) ont limité la casse, la table de tri vibrante et l’égrappage feront le reste. Mais au final, la récolte sera ici aussi faiblarde, environ 20 hl/ha. Ce sont surtout les canicules successives qui ont enlevé du volume. « On manque d’eau depuis la fermeture de la grappe. Les vignes sont restées vertes mais il y a peu de jus dans les baies, d’autant que j’ai beaucoup de jeunes plantations. Il faudra être vigilant sur l’extraction et prendre le temps de bien élever les vins. » Le chardonnay présente des équilibres satisfaisants « mais il fallait être précis sur la date de récolte, se tenir prêt à dégainer. Plus que le sucre, c’est la maturité des pépins qui m’a guidé dans mes choix. » Le vigneron installé au Château des Vergers a effectué sa première récolte de souvignier gris (variété résistante) : « de belles grappes qui ont bien résisté à la sécheresse ».

Les filets paragrêle ont fait leur office (photo David Bessenay).

Plus au nord (Chénas), Anita Neveu pense produire un peu plus de 25 hl/ha. « Pour moi cette sécheresse n’est pas une nouveauté, j’ai des terrains sableux qui craignent souvent le temps sec ». Elle a débuté les vendanges le 23 août, moins tôt que d’autres. « Chacun fait ses choix. Les degrés c’est une chose, la maturité phénolique des peaux, des pépins, des arômes, c’en est une autre. Il va falloir apprendre à vivre avec des millésimes faibles en volume et donc bien valoriser nos bouteilles et se faire des stocks pour les années compliquées. » Avec des degrés supérieurs à 14 et des acidités peu élevées, Anita s’apprête à vinifier avec tact et beaucoup de vigilance.

Des blancs magnifiques

À l’extrême nord (Saint-Amour), Julien Frappa retient le bon côté : « l’état sanitaire est nickel, on n’a rien à trier ». Mais pas de miracle pour les volumes, « je n’atteindrai pas mes objectifs. Il est tombé 10 mm et on attend la pluie ce soir (NDLR : jeudi 27 août), ça peut rafraîchir un peu les vins » espère-t-il.

Ses premières cuvées de rouge dépassent aussi les 14°. « Je serai peu interventionniste au cuvage, je compte aussi sur la rafle pour apporter de la fraîcheur. » Il se montre optimiste pour les blancs « qui seront riches et solaires mais équilibrés ».

À l’autre bout du vignoble, à Châtillon d’Azergues, Jean-Gilles Chasselay, le nez sur les caisses de chardonnay, a la banane. « On pense faire entre 35 et 40 hl/ha ce qui pour nous en bio est très bien. Il n’y a pas une tache de mildiou. Les blancs sont magnifiques, on dirait qu’ils sont « photoshopés », s’amuse-t-il avec sa gouaille légendaire. Nous travaillons le sol depuis des années, donc le peu d’eau qui tombe rentre mieux. En jardinage, on dit qu’un sarclage vaut un arrosage, ça marche aussi avec la vigne ».

Côté vinif’, avec des AT à 3,80, des PH à 3,40 ou 3,50, des degrés entre 13 et 14, la situation n’est pas idéale mais pas insurmontable « On aime bien faire des vins glouglou, il faudra que Claire (NDLR : sa fille) mette sa patte ».

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