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publié le 30 juillet 2021

Louis s’est retourné dans sa tombe !

C’est une histoire qui pourrait faire rire si elle n’avait pas ce côté désespérant dont la France a parfois le secret. Louis Droin, vigneron à Chablis a fait l’acquisition définitive le 12 février 1922 devant l’étude de Maitre Rigollet, notaire à Chablis, d’une parcelle de 22,36 ares de vignes située à la jonction des actuels grands crus Les Clos et Valmur et dénommée sur l’acte notarié “finage de Chablis, lieudit Les Clos”. Depuis près d’un siècle, toutes les récoltes de cette parcelle ont été  déclarées et commercialisées en Clos par 5 générations de vignerons jusqu’à l’actuel domaine Jean-Paul et Benoît Droin, alors même qu’en 1938 l’INAO, reprenant le cadastre napoléonien, l’avait classée en… grand cru Valmur.

 

Un siècle de pratiques commerciales 

 

“Il suffit pourtant de se rendre sur le terrain pour se rendre compte qu’en tous points, sol, pente, exposition et même caractéristiques organoleptiques du vin, cette parcelle se rattache logiquement aux Clos”, estime Benoît Droin. Notez que depuis tout ce temps, personne n’a rien trouvé à redire à cela (le domaine Droin n’étant d’ailleurs pas le seul concerné), l’INAO, le syndicat des vignerons de Chablis, ni même l’administration… jusqu’à ce que cette dernière (la Direccte, ex-répression des fraudes) se réveille récemment en interdisant purement et simplement au domaine Droin notamment de continuer de revendiquer le nom de Clos pour cette parcelle, faisant donc fi de près d’un siècle de pratiques commerciales connues, reconnues et acceptées par tous. Précisons que le domaine Droin a deux autres parcelles dans Les Clos (total de 1,42 ha pour les 3 parcelles), situées dans un secteur du grand cru qui ne pose pas de “problème” ; il a pour habitude d’assembler la production des trois parcelles dans sa cuvée de Clos.

Pour être clair, le dossier est en cours de résolution. Le domaine Droin a demandé le classement officiel de la parcelle achetée en 1922 en Clos ; les instances professionnelles locales ont donné leur aval, comme l’INAO, mais c’est un grand cru, le dossier prend du temps et sur le millésime 2020 au moins, le domaine ne pourra pas revendiquer sur son étiquette le nom de Clos. Benoît Droin est un garçon déterminé et il a donc décidé, en signe de protestation, de ne pas revendiquer du tout le climat Les Clos en 2020 ; la cuvée, issue de l’assemblage “historique” des trois parcelles, s’appellera donc, le temps d’un millésime si tout se passe bien : Chablis grand cru Hommage à Louis 2020. Vous pourrez d’ailleurs retrouver cette cuvée dans le numéro “spécial millésime 2020 de Bourgogne Aujourd’hui qui va sortir en début de semaine prochaine.

 

Eviter les postures extrémistes

 

Cette histoire est à rapprocher de ce courrier envoyé en 2017 par la Direccte, toujours elle, à quelques châteaux bourguignons en les sommant de ne plus utiliser leur nom, ni plus ni moins, pour des AOC autres que celles portant le nom des dits châteaux ; interdit par exemple pour le Château de Meursault de commercialiser à l’avenir sous son étiquette son Volnay premier cru Clos des Chênes, mais pas de problème pour le Meursault premier cru Charmes-Dessus ; simple à gérer commercialement… Nous ne contestons pas la nécessité de faire appliquer les lois, les règlements, français et européens, mais cette capacité de l’administration française à ignorer la vie, la longue histoire économique des entreprises dans lesquelles les emplois ne sont pas garantis à vie, des marques, dans un contexte international hautement concurrentiel, ne peut que susciter une forme admiration devant tant de détermination aveugle…

En conclusion, l’administration ne pourrait-elle pas faire preuve un instant d’un peu plus de bon sens, essayer d’être plus détendue avec les gens honnêtes, de regarder les dossiers au cas par cas, de séparer le bon grain de l’ivraie et d’éviter les postures extrémistes ? En quoi le fait que les Châteaux de Meursault, Pommard, Santenay ou Marsannay aient pu pendant des décennies commercialiser en toute transparence des vins d’AOC différentes que celles indiquées dans leurs noms a pu nuire aux dites appellations ? La même question est évidemment posée pour le Clos du domaine Droin et dans les deux cas, le préjudice potentiel ne saute pas aux yeux…

 

Christophe Tupinier

 

 

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