Dans vos parcours si différents, on trouve une grande similitude : le choix récent de prendre les rênes d’un domaine en Côte Chalonnaise. En êtes-vous satisfaites ?
A.B. : Je ne l’ai jamais regretté un instant, malgré les difficultés. Je suis heureuse de mettre en valeur quarante-cinq ans de viticulture de mes parents. À chaque fois que j’ai des compliments sur les vins, je leur en fais part. Car ce sont leurs choix de viticulture, la qualité de ce qu’ils ont replanté, qui en sont à l’origine.
H.S. : J’ai beaucoup de chance qu’on m’ait confié les clés d’un domaine bourguignon qui avait une certaine assise, une renommée, un outil de travail en état exceptionnel avec des moyens en plus de pouvoir travailler avec les idées et les ambitions qui sont les nôtres. Jean-Marc et Vincent Joblot m’ont accordé une confiance totale dans cette gestion de leur domaine, ce qui est rare également.
Être une femme vigneronne aujourd’hui, est-ce encore un sujet ?
A.B. : Non. Je suis tombée sur des personnes supers dans le métier, on ne m’a pas mis des bâtons dans les roues du fait que je suis une femme.
H.S. : Idem. À part peut-être quelques réflexions d’acheteurs, dont le fameux « C’est vous qui faites le vin ? » (rires).
A.B. : C’est vrai, ces réflexions, on les entend encore souvent !
H.S. : En tout cas, il me semble que plus personne ne croit qu’on ne puisse pas faire aussi bien que nos confrères masculins. Des femmes comme Lalou Bize-Leroy, Nadine Gublin, Dominique Hauvette ou encore Marlène Soria sont passées par là…
A.B. : Pour prendre l’exemple de Montagny, Françoise Feuillat-Juillot est une figure incontournable.
H.S. : Là où parfois je reste perplexe, c’est sur la présence des femmes et leur capacité à insuffler leur dynamique dans les instances du type syndicat, ODG, interprofession.
Vous êtes toutes deux œnologues. Est-ce un diplôme indispensable dans un monde du vin aujourd’hui très technique ?
H.S. : C’est un atout, mais pas indispensable. S’il fallait un diplôme aujourd’hui, ce serait plutôt celui d’agronome ! Les études d’œnologie abordent trop peu la viticulture. Lors de mes études, j’avais réclamé un stage de taille, on a été que trois à s’y rendre…
A.B. : En effet, la partie viticulture manque beaucoup si on est titulaire du seul diplôme d’œnologue. Je suis très contente d’être passée par la case BTS pour cela.
H.S. : Si c’était à refaire, je crois que je passerais le double diplôme œno-agro. La viticulture c’est quand même 80 % de notre métier.