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publié le 11 septembre 2023

Millésime 2023, sauvé !

Récolte le 11 septembre en Tessons, sur Meursault, au domaine Buisson-Charles.

 

 

La météo à long terme reste une science manifestement inexacte et la comparaison entre ce que nous écrivions sur ce site le 25 août dernier et le constat qu’il convient de faire aujourd’hui, après une dizaine de jours sans un nuage dans le ciel et des températures qui ont allègrement dépassé les 30 degrés à l’ombre, est très, très différent du scénario “catastrophe” qui se profilait à l’horizon. Il est parfaitement clair que dans les vignes où un travail important de régulation des rendements a été fait tout au long du cycle végétatif, et seulement dans ces vignes là, les raisins ont bien mûri, prenant entre 1,5 et 2 degrés, voire plus, selon les parcelles d’après les témoignages de vignerons dignes de confiance. Cette météo idyllique a sauvé le millésime.

 

Le tri sera décisif en rouge

 

En pinot noir, les vendanges sont en cours en Côte de Beaune et en Côte Chalonnaise depuis le milieu de semaine dernière, avec encore beaucoup de monde ce matin dans les vignes et débutent tout juste en Côte de Nuits et dans l’Yonne ; ce qui titrait entre 10 ou 11 degrés potentiels il y a deux semaines, frôle donc, voire dépasse peut-être même ici et là les 12,5/13°. Alors, après un été plutôt médiocre, copieusement arrosé, les peaux des raisins n’ont manifestement, de l’avis même des producteurs, pas la même épaisseur que dans les grands millésimes récents (2022, 2020, 2019, 2016, 2015), mais après un bon tri (avec des pourcentages évidemment très variables d’une vigne à l’autre, en fonction du matériel végétal, des pratiques culturales…) qui va s’avérer décisifs des raisins pas mûrs, grillés ou flétris par le soleil, atteints par le botrytis, voire la géosmine,  abîmés par les maladies (mildiou, oïdium), la grêle… les producteurs sérieux feront de bons, voire de très bons vins, ce qui n ‘était donc pas gagné du tout le 25 août.

Il y a toutefois une justice et dans une année aussi productive que 2023, avec des raisins dont la taille interpelle parfois, ceux (nombreux…) qui ont “laissé faire la nature”, vont s’en mordre les doigts. Ils rempliront leur caves au-delà du raisonnable, ce qui était leur objectif, mais de vins rouges médiocres ; on voit bien en se parcourant le vignoble, que beaucoup de vignes sont en bout de course et bien incapables de faire mûrir correctement des rendements excessifs.

 

Je vendange quand je veux, nouvelle “saison”

 

Et qu’en est-il pour le chardonnay ? Un nouvel épisode de la saison à rebondissements “je vendange quand je veux” est diffusé en direct sur les réseaux sociaux depuis deux semaines environ ; les premiers vignerons ont commencé de couper leurs grappes de chardonnay vers le 28 août, alors que certains, les derniers, ont commencé hier. Du “classique” ! Ajoutons que le débat concerne essentiellement le sud de la Côte de Beaune, sur Meursault, l’épicentre, Puligny-Montrachet, Chassagne-Montrachet et Saint-Aubin.

“C’est étonnant, nous vendangeons maintenant avant Pouilly-Fuissé qui est pourtant plus au sud. C’est peut-être lié aux rendements plus importants là-bas”, nous confiait récemment un vigneron étonné par cette évolution des choses. Nous pouvons lui répondre assez facilement qu’en effet, et tout particulièrement depuis l’arrivée des premiers crus en Pouilly-Fuissé, il semblerait que l’on y vendange globalement plus tard qu’en Côte de Beaune, mais que non, ce n’est pas lié aux rendements, mais simplement à la volonté (les ODG de Chassagne, Puligny et Meursault ont demandé des rendements maximum en 2023 de 64 hl/ha en village et 62 en premier cru, alors qu’en Pouilly-Fuissé, c’est 60 et 56…) et à l’obligation d’ailleurs inscrite dans le cahier des charges des PF premiers crus de produire des raisins mûrs (12 degrés minimum). La dynamique est la même pour les autres crus du secteur et les vignerons de pointe en appellations Mâcons et Viré-Clessé.

Que penser de tout cela ? Certains domaines et pas des moindres ont-ils vendangé trop tôt leurs chardonnays produits pour la deuxième année consécutive en quantités généreuses ? En 2022, beaucoup de vignerons “avaient fait du vin” au sens propre du terme, parce que l’on peut probablement faire plus facilement un vin correct à 60 hl/ha en chardonnay qu’en pinot noir. Un blanc vin “correct”, oui, mais un Meursault, un Puligny ou un Chassagne ? Pas sûr ! Seul le résultat compte et nous verrons donc bien verre en main ce qu’il en sera avec les 2023.

Concluons sur le sujet en précisant qu’à Chablis et dans le Mâconnais les vendanges sont en cours depuis la fin de semaine dernière. Ce matin, Aurélie Cheveau, présidente du cru Pouilly-Fuissé était ravie de récolter des chardonnays entre 13 et 14 degrés, alors qu’à Chablis, les 12,5 à 13 degrés de moyenne étaient parfaits pour Benoît Droin…

 

Christophe Tupinier

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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