Tri des raisins au domaine Agnès Paquet, à Meloisey (Hautes-Côtes de Beaune).
Millésimes-vendanges
Vendanges 2025 : dernière ligne droite !
par
Christophe TUPINIER
le
Les habitués des réseaux sociaux seront sans doute étonnés d’apprendre que les vendanges se poursuivent en Bourgogne, alors qu’ils en entendent parler depuis la mi-août… Cela fait en effet déjà prêt de trois semaines que les premiers coups de sécateurs ont été donnés en chardonnay, en côte de Beaune, sur Meursault, Puligny-Montrachet, Chassagne-Montrachet, et aujourd’hui encore des vendangeurs continuent d’arpenter les rangs un peu partout… y compris d’ailleurs pour les chardonnays dans les mêmes secteurs de la côte de Beaune.
En visite hier après-midi dans le chablisien nous avons pu voir Didier Picq vider un pressoir, Benoît Droin réceptionner une benne et Didier Séguier (William Fèvre) surveiller le tri de ses raisins du grand cru Bougros. Contactés ce matin au téléphone, Aurélie Cheveau, présidente du cru Pouilly-Fuissé, dans le Mâconnais, était encore en train de vendanger… Chablis, Mâcon, 200 kilomètres environ du nord au sud et entre ces deux vignobles situés aux extrémité de la Bourgogne le constat est donc le même : dans quasiment chaque appellation, chaque village, vous pouvez aujourd’hui trouver des vignerons qui ont terminé les vendanges, d’autres qui sont au milieu de la campagne et certains, plus rares, qui commencent à peine.
Personne ne s’est ennuyé avec la météo en 2025
En 2025, la date de vendange a plus que jamais été le fruit de choix humains très tranchés et en aucun cas de cette répartition géographique classique, mais désormais ancienne, révolue, qui voulait il y a encore une quinzaine d’années, que le Mâconnais, tout au sud ouvre le ban et que chablis le ferme, une à deux semaines plus tard. Tout ceci a volé en éclat sous l’effet du dérèglement climatique et sur ce point on peut dire que personne ne s’est ennuyé en 2025. Depuis notre dernier article publié le 27 août, toutes les régions ont en effet subi un impressionnant « yoyo climatique » marqué par une alternance de journées estivales, automnales, ponctuées par quelques averses dodues qui ont fait grimper les cumuls de pluie entre 100 et 150 millimètres selon les secteurs.
Tri des raisins du grand cru Bougros au domaine William Fèvre, à Chablis.
Le 27 août dernier, une double stratégie se dessinait déjà chez les producteurs : ceux qui avait décidé de tirer les premiers, dès le 17 août, en surfant sur la vague de la canicule de début août qui avait fait grimper les degrés naturels à des niveaux confortables et les autres, bien décidés à attendre que quelques pluies amènent du jus dans les baies et surtout contribuent à relancer la photosynthèse avec l’espoir d’obtenir des maturités phénoliques (peaux, pépins, arômes) plus abouties. Ils n’ont pas été aidé par la météo, mais que faut-il penser aujourd’hui ? Fallait-il se dépêcher de vendanger ou attendre ? Il est évidemment beaucoup trop tôt pour conclure tant les facteurs influant que la qualité finale d’un vin sont bien plus nombreux que la simple date de vendange, aussi essentielle soit-elle.
En pinot noir, les cuvaisons débutent à peine et de l’avis général, il semblerait que les peaux durcies, épaissies par un bel été chaud, sec, copieusement ensoleillé, aient plutôt bien résisté à la pression du botrytis. Il y aura donc un acquis qualitatif, que les dernières pluies, aussi abondantes soient-elles, ne vont pas réduire à néant. En tout état de cause, les prévision météo ne sont pas très encourageantes pour la semaine prochaine et le mot d’ordre général semble être de ne plus trop tarder à couper les derniers raisins qui restent à vendanger
Des chardonnays plus juteux
Le chardonnay semble avoir été plus fragilisé que le pinot noir par les intempéries et des foyers de pourriture apparaissent ici et là, plus ou moins importants selon les vignes, les terroirs et les régions. Il est toutefois déjà évident que la nature des raisins a beaucoup évolué en 10 jours, avec une légère baisse des degrés potentiels (beaucoup de vignerons parlent d’une baisse de plus ou moins 0,5 degré) par effet de dilution, mais des raisins plus juteux et des équilibres qui restent bons. Tous les espoirs sont encore permis…
Nous ne nous aventurerons pas sur le terrain du style des vins en 2025. Attendons d’avoir dégusté dans deux mois les cuvées des Hospices de Beaune pour en savoir un peu plus. Un peu… Pour autant, beaucoup de vignerons estiment déjà qu’ils vont produire de bons, voire de très bons vins, en rouge comme en blanc, dans des registres très différents liés notamment aux dates de vendange. Ils sont également bien conscients que le grand millésime qui était encore d’actualité il y a seulement deux semaines, si les derniers jours de « finition » avaient été favorables, ne l’est plus… Tant que l’arbitre n’a pas donné le coup de sifflet final, tout est possible, ce qui peut se traduire ainsi en vocabulaire vigneron : « tant que les raisins ne sont pas rentrés en cuverie, on ne peut être sûr de rien ! » Un adage qui prend toute sa signification en 2025.