Une porteuse dans le Beaune premier cru Clos du Roi (Domaine Marchand-Tawse).

Vendanges 2026 : terra incognita !

Nul ne sait de quoi demain sera fait, mais 2026 restera sans doute dans les annales comme l’année de tous les extrêmes qui amènent la Bourgogne dans une autre dimension, en terre inconnue. Canicules à répétition, degrés records dans les vins, rendements faméliques… La qualité sera au rendez-vous, exceptionnelle, mais sur le plan économique, cela pourrait être une autre histoire.

Il y a un peu moins d’un mois, le 28 juillet dernier,  nous écrivions alors : « il est clair aujourd’hui que si le mois à venir s’écoulait comme le précédent, c’est à dire quasiment sans une goutte d’eau, alors on se demande un peu ce que vont récolter les vignerons de Bourgogne (…) ». Nous avons aujourd’hui la réponse : pas grand chose et ce pour la 5ème fois en 7 ans, après 2020, 2021, 2024, 2025 et donc maintenant 2026.

Malgré les canicules à répétition depuis la mi-mai les vignes avaient fait preuve d’une remarquable résilience, sans véritablement connaitre de phénomènes de blocages grâce aux pluies de l’hiver et du début du printemps, mais il semble que la dernière canicule, celle de la semaine du 15 août a donné le coup de grâce. Les degrés se sont envolés et les hectolitres ont fondu comme neige au soleil. Certains estiment même que dans les situations extrêmes, certaines vignes déjà en souffrance (jeunes vignes, sols « légers »…) ont perdu 20 à 30% de leur récolte en 3 ou 4 jours, alors que les degrés s’envolaient. La récolte sera donc maigre et si les vendangeurs ont eu et ont encore de nombreuses grappes à couper, la sortie de raisins étaient « belle »en effet, mais de la taille de pommes de pins et légères comme des plumes.

A Chablis, où il n’est tombé qu’une vingtaine de millimètres (mm) depuis le 1er juillet (à peine plus qu’à Séville en Andalousie en année normale…) Didier Picq annonce 25 à 30 hl/ha dans les zones non gelées, 10 dans les zones gelées. Benoît Droin parle pour sa part d’une moyenne de 20 hl/ha sur son domaine, avec des degrés supérieur à 14. Pierre Boillot (domaine Lucien Boillot) exploite des vignes en côtes de Beaune et de Nuits. Dans certains secteurs de la côte de Beaune, sur Volnay et Pommard, il n’a jamais aussi peu produit en près de 50 ans de métier qu’en 2026, avec moins de 10 hl/ha. Il s’attend à un peu mieux en côte de Nuits, une vingtaine d’hectolitre à l’hectare. « Il a plu un peu plus à Gevrey-Chambertin et les terres sont plus riches, plus argileuses. On fait toujours plus de vin en côte de Nuits ». En côte de Nuits, où d’ailleurs beaucoup de vignerons viennent tout juste de commencer de vendanger.

Tri des raisins au domaine Edmond Cornu, à Ladoix-Serrigny.

A Beaune, David Croix n’a débuté que samedi dernier par quelques secteurs précoces en Corton grand cru et Volnay premier cru Les Santenots. Il a préféré attendre et ne regrette rien. « C’est toujours le même débat. Faut-il vendanger au degré ou selon le goût des raisins, ce qui est vrai en rouge comme en blanc ? Avant le 15 août, chez moi ce n’était pas mûr et puis ramasser des raisins à 40° comme en début de semaine dernière ou à 20 degrés comme c’est le cas depuis quelques jours ce n’est pas la même chose. Les peaux sont plus détendues, les raisins moins stressés. Je voulais surtout récolter dans de bonnes conditions, avec pourquoi pas un peu d’eau sur les raisins le matin ». Le voeux de David Croix Croix a été exaucé puisqu’il est tombé quelques millimètres hier et des pluies plus conséquentes sont annoncées pour jeudi. Quelques kilomètres plus au nord, à Ladoix-Serrigny, François-Xavier Maratray (domaine Maratray-Dubreuil) n’a commencé que le 22 août. « Les raisins titrent entre 14 et 15 degrés, avec 15 à 25 hl/ha. C’est superbe, mais il faudrait presque pouvoir tout vendanger en 24 heures ».

La Saône et Loire tire son épingle du jeu

C’est finalement peut-être dans certains secteurs de la Saône et Loire que les vignerons pourraient s’en sortir le moins mal. A Mercurey, en Côte Chalonnaise, l’appellation a eu la chance d’avoir près de 50 mm d’au depuis le 15 juin, c’est peu (mais beaucoup mieux qu’à Givry et Montagny…) et les vignerons parlent d’une trentaine d’hectolitres à l’hectare en pinot noir, un peu plus en chardonnay et toujours avec d’excellentes maturités techniques (13,5 à 14,5°) et phénoliques (peaux, pépins, arômes). A Rully, appellation qui touche Mercurey il est même tombé 70 mm en juillet. Vincent Dureuil (Domaine Dureuil-Janthial) ne fait jamais parti des vignerons pressés. Il n’a donc vraiment commencé de vendanger avec une grosse équipe qu’hier, le 24 août, et il terminera en milieu de semaine prochaine. « L’effet pluie » semble avoir joué à plein, puisqu’il estime que son rendement moyen devrait tourner autour de 35 hl/ha, en blanc comme en rouge, le tout avec de très belles maturités, sans excès pour 2026.

Encore plus au sud, dans le Mâconnais, Vivien Saumaize (domaine Saumaize-Michelin) et Frédéric Burrier (Château de Beauregard) enregistrent de bons degrés (13,5 à 14,5), moins excessifs qu’en côte de Beaune et des rendements inespérés de 30 à 50 hl/ha, le tout avec des équilibres satisfaisants. « Avec la dernière canicule, j’avais peur que les raisins aient muri de force, par déshydratation et ce n’est pas le cas. Les vignes sont restées actives. Les raisins ont du jus et de belles aromatiques », commente Vivien Saumaize.

 

8 à 10 cm de longueur, 80 grammes… L’archétype d’une grappe de pinot noir en 2026 (Mercurey premier cru Les Sazenay, Château de Chamirey).

Comme toujours dans ce type d’année, le Top départ des vendanges a donné lieu dans toutes les régions viticoles, dans toutes les appellations, à une joyeuse débandade, avec, parfois dans un même village, près d’un mois d’écart entre ceux qui, anticipant la dernière canicule ont commencé dès le… 8 août et fini le 15, ce qui constitue probablement un record dans l’histoire de la Bourgogne et ceux qui n’ont commencé que ces derniers jours ou n’ont même pas encore commencé. Qui aura finalement « tort » ou raison ? Dans ce millésime qui emmène la Bourgogne en terra incognita en raison de la météo extrême, de la précocité de l’année, des degrés atteints, de la faiblesse de la récolte, il est délicat pour ne pas dire impossible de répondre. Les sols, mais aussi la pluie tombée ici et pas ailleurs, paramètre manifestement déterminant en 2026, l’âge et la génétique des vignes, le cépage, le rendement, les pratiques culturales, les accidents climatiques comme la grêle dans le Mâconnais, à Marsannay, dans le Beaujolais, sont autant de facteurs qui ont joué dans l’avancement de la maturité d’une parcelle à une autre.

Des vins exceptionnels ?

Avançons sur la pointe des pieds, mais nous ne voyons pas très bien comment l’année ne pourrait pas donner naissance à des vins exceptionnels, dans un style qui sera de toute évidence, riche, voluptueux, « solaire », avec beaucoup de densité (attention d’ailleurs à ne pas aller trop loin dans les extractions en rouge), d’extrait sec en blanc et des équilibres qui grâce à de bons niveaux d’acide tartrique devraient manifestement être corrects pour une année aussi chaude.

Nous prenons donc sans grand risque de nous tromper le pari qu’il y aura peu de vins en 2026, mais de très grands vins. Si le millésime amène les vinificateurs, les œnologues, à sa gratter la tête -vinifier des raisins à 15° et plus est en effet une discipline à haut risque- il pourrait également poser des problèmes économiques. En trois millésimes consécutifs, 2024, 2025 et 2026, la Bourgogne ne va produire qu’une récolte et demi environ, le tout dans un contexte de tension sur les marchés et de baisse de la consommation. Ajoutons à cela un ras le bol perceptible chez bien des vignerons. « Nous ne nous bagarrons pas toute l’année dans les vignes pour faire 80 hl/ha, mais pas non plus pour rentrer 10 ou 20 hl. C’est limite économiquement et épuisant psychologiquement pour nous et nos salariés ». 2026 va laisser des traces…

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