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publié le 23 janvier 2017

Corton : Peur sur la colline !

 


La colline de Corton se rêve, à l’instar de celle de Vézelay, éternelle.
Intangible, préservée non défigurée. Ses porte-paroles : ceux qui triment
sur ces coteaux, les vignerons, ceux qui habitent Pernand-Vergelesses, Aloxe-Corton
et Ladoix-Serrigny (Côte-d’Or), les villages qui la ceinturent. Ils disent haut
et fort leur inquiétude de voir ce paysage emblématique de Bourgogne perdre son
caractère exceptionnel. Le propriétaire du bois de 66 hectares qui la couronne
le vend. L’acheteur potentiel est inconnu mais, selon les rumeurs, il proposerait
un prix exorbitant : 1,5 millions d’euros au lieu des 300 000 euros du prix du
marché ! De quoi susciter de nombreuses questions. « Que veut-il donc
faire. Pourquoi ce prix ? », s’interrogent les vignerons, réunis en
mairie de d’Aloxe-Corton avec force d’élus -maires, conseiller départemental…
Ils disent leur volonté de conserver le bois qui coiffe la colline. Leur
crainte est que le futur propriétaire ne coupe les arbres pour un projet
inconnu, saccage le paysage, détruise cette colline couverte de 150 hectares
grands crus blancs et rouges.  « On ne sait pas ce qui va se passer
mais nous devons nous inquiéter, nous mobiliser », lance Claude Chevalier,
président du Bureau interprofessionnel des vins de Bourgogne (BIVB) et vigneron
à Ladoix. A ces cotés, Louis-Fabrice Latour acquiesse.
Les appréhensions sont tant techniques qu’esthétiques.
Imaginer cette colline sans sa couronne de bois en son sommet emblématique leur
est impossible. Mais cette forêt joue un rôle important et direct pour le
vignoble. « La climatologie est influencée par la forêt. Elle rafraîchît
la vigne, influence la maturité des raisins, limite l’écoulement des eaux de
pluie et donc l’érosion dans les coteaux pentus », explique Boris Champy,
président de l’organisme de défense et de gestion (ODG) des grands crus corton et
corton-charlemagne. Sans oublier la préservation des biodiversités faunistique
et floristique.

Laurence Ruvilly, de la direction régionale de
l’environnement, de l’aménagement et du logement (DREAL), n’a pas réussi à les
convaincre de la difficulté du propriétaire, voire de  son impossibilité, à faire ce qu’il veut : « Le
bois est régit par le code rural des forêts. Son propriétaire ne peut pas
déboiser. Le défrichement est interdit ». Rien n’y fait les vignerons
veulent des certitudes. Certitudes que ne leur apporte pas l’inscription de la
colline au titre des Climats de Bourgogne sur la liste du patrimoine de
l’UNESCO. L’Unesco ne préserve de rien, ce sont aux Etats de prendre des
mesures de protection. C’est en cours. Sauf que ce classement au titre des
sites classés n’interviendra que dans trois ans. Trop long disent, en
substance, vignerons et élus. Ils voudraient accélérer le mouvement.

L’absence d’information laisse place à l’imagination :
Et si le propriétaire voulait bâtir un hôtel, planter de la vigne sans
appellation, réaliser une truffière ? Fantasmes ? Voire.
Pernand-Vergelesses accélère la création de son Plan local d’urbanisme (PLU)
afin de verrouiller l’affaire (le bois est intégralement sur ce village).
L’association Paysages de Corton, qui rassemble les propriétaires de vigne,
pourrait se porter acquéreur. Faut-il que le vendeur lui … vende. Et l’objet de
l’association est de préserver le site. Alors devenir propriétaire ?

La mobilisation est forte et ne faiblira pas tant que les
questions n’auront pas trouvé de réponses satisfaisantes.

Thierry Gaudillère

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