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publié le 22 septembre 2016

Juin fait la quantité, septembre la qualité !

 

Le vieil adage vigneron qui dit que “Juin fait la quantité, septembre la qualité”, va une fois de plus se vérifier en 2016. Autant préciser d’emblée, histoire de modérer les éventuels bémols que nous pouvons formuler ci-dessous que 2016 sera a minima un bon millésime, voire peut-être, sur certaines cuvées, un très bon millésime chez les producteurs sérieux… et épargnés par les nombreuses intempéries du printemps. Après un été radieux et 4 dernières semaines presque totalement sèches à l’exception du week-end dernier, fin août et septembre ont donc une fois de plus confirmé que la qualité finale d’un millésime dépendait de la dernière ligne droite et pas du mois de juin. En matière de “dernière ligne droite”, si le mois de septembre est souvent clément dans la région, il y a quand même bien longtemps qu’il n’avait pas été aussi parfait !
Les paramètres “clef” à gérer en 2016 étaient le rendement et son corollaire : la maturité. Dans les vignes gelées et/ou grêlées en avril, mai et juin, la production sera maigre et même si c’est humain, compréhensible, il ne fallait pas chercher à compenser la perte de certaines vignes en faisant le “plein” dans les secteurs épargnés ; cela ne marchait pas en 2016. Dans les zones restées à l’écart des intempéries, il y avait souvent “une belle sortie de raisins”, comme le reconnaissent volontiers les vignerons. Il était donc préférable de réfréner les ardeurs de la nature, par des vendanges en vert par exemple, des labours, pour éviter de se retrouver en cette fin de mois de septembre avec des raisins encore roses en gamay et pinot noir ou verts en chardonnay, et d’effectuer jusqu’au bout des contrôles de maturité avant de vendanger.
Pour celles et ceux qui restent fâchés avec la géographie, rappelons que la distance entre Chablis, dans l’Yonne, porte nord de la Bourgogne au nord et Villefranche-sur-Saône, porte sud de la “Grande Bourgogne”, avoisine les 260 km. Ce n’est pas rien et il n’est pas rare que les vendanges débutent avec 1 à 2 semaines d’écart. Pas en 2016 et il faut y voir la conséquence d’une climatologie relativement homogène pendant l’été qui amène tout le monde aujourd’hui à débuter les vendanges à peu près en même temps.A Chablis, on observe aujourd’hui les conséquence du printemps très humide, plus encore que dans le sud de la région. “Le mildiou s’est installé à ce moment là, mais aussi la semence de la pourriture grise qui malgré l’été très sec a été entretenue à chaque petite pluie, fin août et le week-end dernier”, explique un vigneron. Aujourd’hui, dans les secteurs relativement épargnés par la grêle et le gel, les vignerons sont donc placés face au dilemme suivant : récolter vite des raisins peut-être un peu moins mûrs, mais sains, aux acidités correctes, qui permettront de produire des chablis “classiques”, frais, ou attendre quelques jours pour avoir plus de sucre, mais moins d’acidité, sans doute un peu plus de pourriture et produire des vins plus gourmands, mais moins tendus. Dans les secteurs gelés et/ou grêlés, quand il reste quelque chose à récolter, les vignes ont du retard et les vendanges seront décalées à la semaine prochaine.
En Côte-d’Or, c’est donc bien parti en Côte de Beaune et en priorité pour le chardonnay qui semble pourtant globalement moins mûr que le pinot noir. Les maturités sont manifestement correctes en blanc, sans plus (11 à 12 degrés en moyenne) et les vignerons sont allés en masse dans les vignes ces derniers jours récolter des raisins qui n’ont manifestement pas toujours apprécié les pluies assez importantes tombées le week-end dernier. “Les grappes ont parfois un peu gonflé, il y a ici et là des petits foyers de pourriture, parfois des chutes d’acidité, alors il fallait y aller”, nous expliquait ce matin un vigneron de Meursault. “J’ai commencé tôt avec les jeunes vignes qui ont mûri très vite ces dernières semaines. Dans les vignes plus âgées, c’est plus hétérogène. Certaines ont bloqué au niveau des sucres en raison d’un été trop sec, un peu comme en 2011, le tout avec des acidités souvent assez basses. Le type de sol, favorisant ou pas les réserve d’eau a également joué un rôle important. Enfin, en ce qui concerne les vignes gelées, chez moi, elles ont du retard et je les vendangerai en dernier”, explique Olivier Lamy, vigneron à Saint-Aubin. A Pernand-Vergelesses, Christine Dubreuil (Domaine Dubreuil-Fontaine) fait le même constat : “Nous avons commencé les vendanges ce matin (23/09) ; pour l’instant avec les rouges, dans
les Pommard premier cru Epenots ; c’est très beau et on verra quand on sera sur Pernand
!” ; à Pernand, l’un des villages les plus touchés par le gel de fin avril, les vignes ont donc là-aussi du retard. En pinot noir, les raisins affichent à ce jour des niveaux de maturité globalement supérieurs, en raison notamment de rendements moins élevés.
Quant à la Côte de Nuits, dominée par le pinot noir et également durement touchée par le gel à Nuits, Chambolle-Musigny, Marsannay notamment, les vendanges ne devraient pas véritablement commencer avant ce week-end ; les pinots noirs présentent à ce jour un aspect qui incite au plus grand optimisme.
Dans le Mâconnais, tout particulièrement dans les crus du sud, la situation est très disparate d’une vigne à l’autre en fonction des dégâts occasionnés par l’orage de grêle de mi-avril, mais aussi du type de sol, de l’exposition de la vigne, des passages pluvieux… A Chaintré (cru pouilly-fuissé), Dominique Cornin a commencé de vendanger dès le week-end dernier et avec des degrés déjà très élevés : plus de 13. “Sur les parcelles où il y a peu de rendements, les maturités ont progressé très vite et comme les acidités sont plutôt basses, il fallait essayer de garder un bon équilibre”. Signe de l’hétérogénéité des situations d’une vigne à l’autre, le domaine va étaler ses vendanges sur plus de deux semaines, contre 8 à 9 jours en année “normale”.
Quant au Beaujolais, tout au sud de la “grande Bourgogne”, en dehors des secteurs grêlés au printemps (article ci-joint), tous les voyants sont au vert. Il a fait très beau pendant l’été, sec, la région a été à peine arrosée le week-end dernier, les prévisions à 10 jours sont optimistes et tous les espoirs de très bon millésime sont permis… si les vignerons savent être patients. “Nous avons débuté hier et sur les premières parcelles exposées plein sud sur la Côte de Brouilly, les raisins titraient plus de 13,5 degrés naturels. Attention, ce n’est pas partout le cas dans nos vignes. Il va falloir attendre le bon moment pour récolter chaque parcelle”, explique Claude-Edouard Geoffray, au Château Thivin (Odenas). A quelque kilomètres au sud, à Blacé, en appellation beaujolais-villages, la voix de Jacky Monternot est également enjoué au téléphone. “11,5 à 12,5 degrés naturels, de beaux raisins sains pour le premier jour de vendange (lundi 19), c’est un peu inespéré et vu la semaine annoncé, on va gagner encore beaucoup en maturité dans les prochains jours”. Le Beaujolais se dirige donc à l’évidence vers un millésime de grande qualité, voire un peu plus…

Christophe Tupinier

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