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publié le 17 mars 2020

Les femmes aux commandes !

 

Nous cédons pas à la morosité ! Bourgogne Aujourd’hui a eu 25 ans il y a quelques mois. Pour vous aider modestement à traverser cette période difficile tout en gardant le contact avec votre passion pour les vins de Bourgogne, nous avons décidé de mettre en ligne jour après jour le dossier complet publié dans notre numéro 149 “spécial 25 ans” et consacré à ce quart de siècle qui a tout changé en Bourgogne. Notre première publication ci-dessous est consacrée à une tendance de fond dans le vignoble Bourguignon : l’arrivée des femmes aux commandes. Nous parlerons demain du choc qu’a constitué le “brûlant” millésime 2003.
Et comme il va bien falloir faire quelque chose à la maison, nous vous proposerons également régulièrement une rubrique “1 jour / 1 vin” consacrée à une bouteille dégustée récemment de vin de Bourgogne ou du Beaujolais en priorité (mais nous ne sommes pas sectaires…) débouchée à la maison. Vous pouvez d’ailleurs nous envoyer également (ctupinier@ecrivin.fr) vos coups de coeur accompagnés d’une photo de la bouteille et de quelques lignes sur le vin, le producteur, sa philosophie…
Nous rappelons que tout abonnement à une formule web donne accès immédiat au contenu du ou des magazines concernés (format pdf). Les commandes de numéros “papier” (numéro 151 en cours de vente ou les précédents) seront expédiées le plus rapidement possible.

Dans le premier numéro de Bourgogne Aujourd’hui
paru en décembre 1994, la présence des femmes se résume à une photo prise
à l’occasion de la Vente des Vins
des Hospices de Beaune. Dans le numéro 50, daté de février 2003,
elles sont huit à faire
partie du jury d’une quarantaine de dégustateurs et sont présentes parmi les
domaines mis en avant. Il s’agit précisément de Martine Barraud, Nathalie
Saumaize et Armelle Rion, qui prennent la pose aux côtés de leurs maris. En
juin 2011, pour le numéro 100, une brève évoque les dix ans de l’association Femmes
et Vins de Bourgogne et l’on retrouve une dizaine de femmes au fil des pages de
ce spécial millésime…

Nadine Gublin, oenologue bien connue et
respectée en Bourgogne, fait partie des pionnières. Originaire de l’Aube, elle
est tombée dans la marmite du vin par hasard. « Après un bac scientifique,
j’ai entamé une prépa Maths Sup
à Reims. Voyant que je n’irais pas forcément au bout, le directeur m’a convoqué
et orienté vers des études d’oenologie, dont c’était à l’époque les
balbutiements. Michel Feuillat arrivait alors à l’Institut Universitaire de la
Vigne et du Vin à Dijon et j’ai décidé de suivre en 1977 la formation pour le
Diplôme National d’OEnologue. Nous étions cinq étudiantes dans une promotion d’une trentaine de
personnes ».

Aujourd’hui, la donne a bien changé
comme l’explique Marielle Adrian, la directrice de l’IUVV. « L’effectif s’est
féminisé au cours du temps, avec des proportions filles-garçons globalement
équilibrées et qui peuvent encore varier d’une année à l’autre dans certains
diplômes ». En 2016 par exemple, les deux tiers des effectifs de la
première année de DNO étaient féminins et pour moitié en 2018. En licence Sciences de la Vigne, les
étudiants masculins restent majoritaires tandis que pour le master 2 Vigne, Vin, Terroir, les effectifs
s’équilibrent.
Une
évolution en douceur
Diplômée en 1979, Nadine Gublin a fait
ses armes dans un laboratoire du Mâconnais pendant trois ans. « C’était une excellente école,
formatrice, avec tous les cas de figure possible et de nombreux contrats dans
le Beaujolais et le Mâconnais ». En 1982, elle rejoint la Maison Antonin Rodet à Mercurey
qui cherchait un deuxième oenologue, passe par le Château de Rully, avant de s’installer en 1989 à
Meursault, chez Jacques Prieur, où elle assurera en 1990 sa première vinification.
Trente ans plus tard,
elle y joue toujours le rôle d’oenologue-conseil,
ainsi que pour les deux autres domaines du propriétaire, la famille Labruyère,
dans le Beaujolais et en Champagne. Depuis 2009, Nadine Gublin accompagne par
ailleurs les Domaines
Veuve Ambal. « Quand j’ai débuté, les femmes étaient peu nombreuses dans
les métiers du vin. Dans les domaines familiaux, elles travaillaient aux côtés
de leurs maris. L’évolution s’est faite en douceur. J’aurais pu avoir une
pression en tant que femme, mais j’ai immédiatement aimé mon métier et su me
rendre disponible. La suite s’est faite naturellement. Je ne pourrais pas dire
si le fait d’être une femme est un avantage ou un inconvénient. Ce que je sais,
c’est qu’il s’agit d’un métier où il faut être curieux, à l’écoute et observer.
La transmission est très importante pour moi, c’est pourquoi j’ai l’habitude de
prendre régulièrement des stagiaires. Je réponds favorablement à celui qui
m’écrit en premier, et il est vrai que les jeunes femmes sont de plus en plus
nombreuses, certaines étant vraiment brillantes. Le Nouveau Monde a ouvert la voie dans ce sens, dans
les années 1990-1995. En Australie, en Californie, en Afrique du Sud, les
femmes étaient déjà bien présentes et cela a ouvert les yeux à l’Ancien Monde, qui a suivi le
mouvement un peu avant les années 2000 ».
Un
choix réfléchi
En avril 2018, nous avons donné la
parole à trois vigneronnes, membres de l’association Femmes et Vin de
Bourgogne, créée en 2000 et présidée désormais par Nathalie Fèvre, vigneronne à
Chablis, rejointe depuis peu par sa fille Julie sur le domaine familial. Sophie
Cinier, Lorraine Senard et Virginie Taupenot confient exercer un métier qu’elles
ont choisi, sans qu’on leur impose. Dans la famille de Lorraine Senard, son
père était le seul garçon et il n’a eu qu’un fils. « C’était acté que mon
frère devait reprendre le domaine, sauf qu’à 18 ans, il est parti. C’est à ce
moment-là que j’ai commencé à y penser ». Sophie Cinier doit, elle, sa passion pour le vin
à son grand-père maternel. « C’était un personnage, qui a fait partager
beaucoup de choses à ses sept
petits-enfants. On est cinq
à travailler dans le vin aujourd’hui alors on peut dire qu’on est tombé dans la
marmite, comme Obélix !
J’adore être à la vigne et j’aime aussi de plus en plus vinifier. Mon père
était artisan et ma maman travaillait avec lui. Quand il a arrêté son activité,
elle est beaucoup venue à la vigne avec moi. C’est elle qui m’a appris à
travailler, comme son père l’avait fait avec elle quand elle était jeune ».

L’association Femmes et Vins de
Bourgogne a mis quelque
temps à trouver sa place dans le monde viticole. « Au début, il y a eu des railleries, du
genre « Tiens, il y
a le MLF du vin qui se crée », mais petit à petit la reconnaissance est
arrivée », se souvient Virginie Taupenot. « En 2010, la Confrérie des
Chevaliers du Tastevin nous a demandé de faire une intervention pour le
chapitre des Roses. Ils nous ont fait confiance, sans demander à relire notre
discours ». « On veut simplement la reconnaissance de notre place et
de notre travail dans un milieu qui à l’origine n’était pas féminin »,
précise Sophie Cinier.
Une
jeune génération ambitieuse
La féminisation du métier de vigneron
s’est accélérée avec l’arrivée d’une nouvelle génération. Si les femmes étaient
déjà à la tête de quelques très beaux domaines dans les années 2000
(Alexandrine Roy à Gevrey, Marie-Laure et Marie-Anne Bouzereau à Meursault,
Ludivine Griveau chez Corton-André avant de rejoindre le Domaine des Hospices de Beaune,
et bien d’autres), les moins de 30 ans arrivent aujourd’hui en force :
Amandine Renaud à Solutré-Pouilly, Juliette Joblot à Givry, Clarisse et
Anne-France Ramonet à Chassagne-Montrachet, Mathilde Grivot à Vosne-Romanée, etc.
Toutes disposent d’un solide bagage.

C’est notamment le cas d’Amélie
Berthaut, à Fixin, qui incarne la jeune génération bourguignonne aux commandes
de nombreux domaines familiaux, après s’être construit une expérience lors de
stages à l’étranger. La jeune femme ne se destinait pourtant pas au métier de
vigneronne. Elle suit des études d’agronomie, choisit l’option oenologie et a
finalement le déclic lors d’un stage à Bandol, dans un domaine viticole tenu
par une femme. Après un DNO à Bordeaux et des stages en Californie et
Nouvelle-Zélande, elle pose ses valises à Fixin, en 2013. Installée à
Marsannay, Isabelle Collotte a toujours su qu’elle serait vigneronne. « J’ai
été fille unique pendant sept
ans et je traînais
toujours dans les pattes de mon père. Après le collège, c’était évident que
j’irais au lycée viticole de Beaune ».

Les femmes sont également présentes aux
responsabilités dans des structures plus importantes, à l’image de Véronique
Drouhin, Nathalie Boisset ou encore Ève Faiveley.

Preuve que la place des femmes dans
l’univers des vins de Bourgogne ne fait que s’accroître, la Foire aux Vins de la Cave des Climats à Paris, qui
était dédiée fin septembre… aux vigneronnes bourguignonnes ! « Depuis
le début de l’aventure des Climats, nous avons eu la chance de rencontrer de
merveilleuses vigneronnes en Bourgogne qui savent particulièrement mettre en
valeur toute la subtilité des terroirs », expliquent Denis Jamet et Carole
Colin, les propriétaires du restaurant et de la cave des Climats, dans le 7e
arrondissement de Paris. « Dans cet univers encore largement masculin,
nous avons eu envie de mettre en avant leur travail et leur talent chaque
année, en leur dédiant notre Foire aux Vins ».

Poussons un peu les portes de la
Bourgogne, pour saluer une femme, Pascaline Lepeltier, première femme à avoir
été élue Meilleur Ouvrier de France à l’automne 2018. En 2016, en poste au restaurant
Racines, à New York, elle décide de se présenter au concours. Et débute un entraînement intensif, qui durera
deux ans.” C’est le diplôme qui m’intéressait le plus, ça va bien au-delà
de la technicité savante, ça parle aussi beaucoup de transmission”,
confiait la jeune femme dans les colonnes du magazine féminin Glamour. Celle-ci
n’a jamais ressenti le fait d’être une femme sommelière comme une difficulté.
“Le problème du manque de représentation féminine existe mais il est
structurel, pas particulièrement lié au monde du vin”, explique-t-elle. « Comme
partout, on est surtout beaucoup moins nombreuses à arriver à la tête d’une
entreprise. Pareil pour les concours, qui demandent beaucoup de temps et
beaucoup d’investissement personnel. C’est un sujet sur lequel la sommellerie
doit encore progresser ».

En Bourgogne comme ailleurs, le train de
la féminisation est bel et bien lancé. Saluons pour conclure la récente création
d’une association, réunissant une dizaine de jeunes vigneronnes :
Mi-filles Mi-raisins. Avec pour slogan, « discrètes mais pas
secrètes », elles entendent faire la promotion d’appellations moins
connues.

Elisabeth Ponavoy

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