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publié le 18 février 2022

Morey-Saint-Denis dans la cours des grands !

 

 

 

Le dossier du numéro 163 de Bourgogne Aujourd’hui est consacré au village de Moreuy-Saint-Denis, en Côte de Nuits et tout particulièrement à ses premiers crus encore très, trop méconnus. Retrouvez ci-dessous, l’article d’introduction complet de ce dossier, dans lequel vous trouverez également un descriptif de la géologie “minérale” du village, une photo panoramique du vignoble avec la position exacte de chaque terroir et une grande dégustation de millésimes récents et plus anciens des premiers crus de Morey-Saint-Denis. 

 

 

Beaucoup de vignerons de Morey-Saint-Denis en ont assez que pour localiser leur village beaucoup continuent de faire référence à ses voisins : « Morey-Saint-Denis, entre Gevrey-Chambertin et Chambolle-Musigny ? » C’est bien cela, le vignoble de Morey se trouve en plein cœur de la Côte de Nuits et il a sur le papier tous les atouts de ses voisins ; pour avoir la chance de déguster chaque millésime de chacun de ces villages, nous n’avons, pour être tout à fait honnêtes, jamais bien compris pourquoi Morey ne jouissait pas de la même réputation que Gevrey ou Chambolle, ce qui est particulièrement vrai pour les premiers crus. Tout le monde connaît en effet les chambolles premiers crus Amoureuses, Charmes, les gevreys Clos-Saint-Jacques, Cazetiers, voire même les volnays Caillerets ou beaunes Grèves, mais quel morey-saint-denis premier cru se détache vraiment du lot ?

Le village de Morey, même s’il a la chance de posséder quatre grands crus et produit des vins extrêmement qualitatifs, pâtit toujours d’une moindre réputation que ses voisins. C’est un fait, alors pourquoi ? La petite taille du vignoble (132 hectares seulement : 39,6 en grands crus, 42 en premiers crus et 50 en villages), l’absence d’un grand et ancien domaine emblématique, le choix en 1927 d’accoler le nom Saint-Denis à Morey qui fait sans doute moins rêver que Gevrey-Chambertin ou Chambolle-Musigny…

 

Des vins vendus en Gevrey ou Chambolle

 

L’histoire permet d’explorer quelques pistes plus convaincantes… Au XIXème, les vins de Morey étaient vus comme « difficiles d’accès ». « Ils sont plus rudes au palais, et ne se présentent pas aussi vite que ceux des chambolles superfins, […] On peut dire qu’il ne leur manque rien, bien qu’on leur reproche de n’avoir pas tout à fait la finesse et l’extrême pureté des vins de Vosne » en disait Morelot. Par accord tacite entre vignerons et négociants, certains vins étaient même vendus sous l’appellation Gevrey ou Chambolle, une pratique qui perdurera jusqu’à la veille de la naissance des AOC.

L’image d’un village reposait beaucoup sur ses meilleures cuvées. En 1855, le docteur Lavalle classa le seul Clos de Tart en haut de la pyramide, « en tête de cuvée » : « Son Clos de Tart, ses Bonnes-Mares et ses Lambrays (classés en « première cuvée ») approchent des plus grands vins et rappellent le Chambertin ». Approchent et rappellent… Le Clos de La Roche était également classé en « première cuvée », mais Le Clos Saint-Denis en… « Deuxième cuvée ». Il ne faut pas négliger l’impact de ces classements dans la réputation d’un cru et les AOC s’en inspirèrent pleinement au milieu des années 1930.

 

Grands crus “extensibles”

 

Lors de la création des AOC, aux territoires originels de ces futurs grands crus, furent souvent associés de nombreux climats adjacents dont la qualité n’était pas toujours comparable. Ainsi Le Clos-Saint-Denis tripla de surface et Le Clos de la Roche passa de 4,5 à près de 17 hectares. Seul Le Clos de Tart resta quasi stable. Si la création des AOC avait pour objectif de protéger le consommateur sur l’authenticité de l’origine, l’INAO fut parfois trop libéral et entérina des pratiques d’équivalences entre crus qu’elle… cherchait, par ailleurs, à éliminer ! Cet agrandissement territorial, vrai pour d’autres villages, atteint cependant un haut niveau à Morey et il est évident que dans les décennies suivant la création des AOC, cette image de grands crus « extensibles », joua sur leur réputation et peut-être aussi sur celle du village.

Quant au « dernier » des grands crus, Le Clos des Lambrays, il n’existait pas au XIXème, même si le climat Les Lambrays était donc mentionné par Lavalle. En 1879, un premier regroupement eut lieu grâce à Albert Rodier, mais il fallut attendre le début du XXème pour que le clos soit créé et clôt. À partir de 1938, la mention de Clos des Lambrays fut utilisée de façon continue et en 1981, ce quasi-monopole (du Domaine des Lambrays) se voit attribuer le titre de grand cru. Les déroutes financières de ses propriétaires, Albert Rodier (1938), la famille Saier (1995) et la relative discrétion du successeur allemand de cette dernière fut sans doute un frein à sa notoriété. Le rachat du Domaine des Lambrays en 2014 par LVMH devrait toutefois lui permettre de passer à la vitesse supérieure…

Si les réputations se font et se défont, pour beaucoup d’appellations bourguignonnes, l’image portée aux XIXème et au début du XXème, se fait encore sentir. Le XXIème siècle sera sans doute pour Morey l’occasion de prendre toute sa place, grâce à une réputation venue cette fois du « fond du verre ».

 

Texte : Frédéric Villain, auteur de « Grand vins de Bourgogne, guide des meilleurs crus et climats de la Côte-d’Or au XIXème siècle », qui a obtenu le prix de l’OIV 2021.

 

 

 

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