Christian Moreau Père et Fils : Dans le gotha chablisien
Depuis près de vingt-cinq ans, le Domaine Christian Moreau Père et Fils cultive une certaine discrétion qui n’a d’égale que la plus grande exigence à toutes les étapes, viticoles et océanologiques, de la production de vins blancs qui font partie des plus grands du vignoble de Chablis.
par
Christophe TUPINIER
le
1814, Jean-Joseph Moreau, tonnelier à Montbard, fonde la société J. Moreau et Fils, négociant et courtier en vins à Chablis. La famille va acquérir au fil du temps des vignes et notamment en 1904, le Clos des Hospices (dans les Clos). En 1998, le Groupe Boisset de Nuits-Saint-Georges rachète la maison de négoce J. Moreau & Fils. La famille conserve la totalité de ses vignes et récupère le droit d’exploiter, vinifier et commercialiser les raisins provenant de ses parcelles à partir du millésime 2002, année de naissance du « nouveau » Domaine Christian Moreau et Fils. Fabien, le fils de Christian prend alors les commandes du domaine. Premier gros « chantier », il engage progressivement le passage à la viticulture bio. « On entend souvent que le travail du sol est la partie la plus compliquée pour passer en bio, mais pas chez nous. Les vignes étaient déjà labourées en saison, alors l’arrêt des désherbants dès 2003 s’est plutôt bien passé. Cela a été un peu plus long pour mettre en place des traitements seulement basés sur le cuivre et le soufre, et la certification en agriculture biologique a débuté en 2010 », explique Fabien qui depuis 2022 et la mise en place d’un système de récupération des eaux de pluie (filtrées), utilise des préparations en biodynamie sur 50 % environ du domaine. « Tout le monde a été formé au domaine, mais il faut y aller doucement. Je ne veux pas imposer. L’approche biodynamique est parfois un peu ésotérique, bizarre et je voulais que l’équipe comprenne et se l’approprie en douceur. Le bio aujourd’hui, c’est de plus en plus de précision dans le travail des vignes. Entre la rive droite et la rive gauche, il peut y avoir de gros écarts de pluviométrie sur l’année, des climatologies très différentes et il faut essayer d’appliquer les bonnes recettes à chaque parcelle », explique Fabien Moreau.
« La chimie ne me fait pas rêver »
À Chablis, précision, pureté, fraîcheur, minéralité, élégance, ne sont pas des mots en l’air et sur tous ces paramètres, Fabien Moreau peut aujourd’hui mesurer les apports d’une viticulture biologique sur les vins. « Mon grand cru Valmur est très représentatif de cette évolution. C’est un terroir argileux, qui donne des vins puissants et dans les premières années du domaine, je trouvais parfois les vins un peu lourds. Depuis le début des années 2010, je trouve que la personnalité du Valmur reste, mais avec de plus en plus de tension et même dans les millésimes chauds, le côté opulent s’est atténué ». Avec des années très difficiles comme 2016, 2021, 2026, l’idée d’arrêter lui a-t-elle traversé l’esprit ? « Franchement, non. La chimie ne me fait pas rêver. La grosse année noire, c’est 2024, mais on ne peut pas retenir que cela ! J’ai dû passer vingt fois dans les vignes pour traiter, c’est vrai, mais en 2025 et 2026, je suis passé deux fois moins que les conventionnels. Les années difficiles font partie du jeu, mais sur les quinze dernières années, nous avons dû faire trente-cinq/quarante hectolitres par hectare de moyenne et cela me va très bien ».
Fabien Moreau a repris le domaine familial à sa création en 2002.
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