Vendanges au domaine Sébastien Michelas, dans l'Hermitage, lieu-dit Dionnières.

Rhône nord : 2026, le millésime de l'adaptation ?

Pendant que la Bourgogne rentre l’une des récoltes les plus maigres de son histoire, la Vallée du Rhône nord affiche des volumes corrects et des jus prometteurs. Un paradoxe pour une année aussi caniculaire, qui tient à des facteurs propres à la région.

Pour Fabien Leduc, consultant chez Terroirist, rien de miraculeux : fin mai, la vigne était au maximum de son potentiel grâce à un hiver généreux en eau, un printemps clément et une sortie de grappes très abondante. Des facteurs qui lui ont aussi permis d’implanter ses racines en profondeur, là où l’eau reste disponible. De petits orages en juillet et en août, tombés au bon moment, ont fait le reste, tout comme le cépage : « La syrah gère très bien le stress hydrique, c’est le stress thermique qu’elle supporte mal », rappelle Fabien Leduc. Or l’abondante végétation de l’année a justement protégé les grappes du soleil.

Un millésime d’ajustements

Les vignerons, eux, ont appris de 2025. Moins de rognage, moins d’effeuillage, sols laissés au repos pendant les fortes chaleurs. « Le but était vraiment d’éviter de faire stresser la vigne », explique Sébastien Michelas (domaine éponyme), qui voit dans 2026 un « millésime d’adaptation ». Reste la question de l’« effet sèche-cheveux », cette combinaison de chaleur et de vent qui assèche la vigne, surtout sur les coteaux. Une équation délicate explique Fabien Leduc, car il faut ombrager les grappes sans multiplier les feuilles, qui transpirent et épuisent la réserve en eau. « C’est pourquoi il faudra certainement revoir les méthodes d’architecture de la vigne dans les prochaines années », conclut-il.

Malgré cette année chaude et sèche, François Villard, vigneron présent de Saint-Péray à la Côte Rôtie, fait le constat de cépages rhodaniens rouges et blancs qui ont globalement bien résisté à la chaleur. « J’entends parler de rendements très bas en Bourgogne, alors que je pense faire une bonne récolte en 2026, probablement autour des 35, voire 40 hl/ha de moyenne et de façon assez homogènes entre la syrah et les différents cépages blancs, roussanne, marsanne et viognier, le tout avec de bon degrés, mais pas excessifs. Je n’ai pas trouvé beaucoup de raisins flétris, brûlés et je pense que nos cépages sont sans doute mieux adaptés à la chaleur que ceux que l’on trouve plus au nord comme le pinot noir ».

Vendanges à Cornas.

Un style se profile

En cave, le style se dessine déjà même s’il faut bien sûr rester très prudent. Sur les blancs, la récolte précoce a préservé la fraîcheur, le fruit et le caractère variétal de chaque cépage, avec des acidités parfois un peu basses, mais sans déséquilibre à ce stade. Sur les rouges, les premiers jus sont colorés, sur le fruit, avec des tanins qui montent progressivement en puissance. Les fermentations seront à surveiller de près au vu des conditions hors norme de ce millésime. « Les maturités sont entre 13,5 et 14,5, il a plu un peu ces derniers jours, c’est bien, mais on va faire attention à ne pas trop extraire je pense. Je me méfie de la qualité des tannins dans ces millésimes secs. Il est clair que les vins n’auront pas le côté acidulé des 2024, mais chez moi, j’ai encore 27 hectares à vendanger et beaucoup de mes collègues n’ont également pas encore fini. Les raisins sont beaux, sains, alors je suis très optimiste mais nous verrons bien le résultat final », conclut François Villard. Rien qui ne se lise encore d’un seul bloc, mais 2026 s’annonce déjà comme un millésime d’adaptation, et peut-être un aperçu de la norme à venir.

Photographies : Cécile de Blauwe.

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