Mercredi 23 juillet, la Bourgogne a accueilli une délégation officielle japonaise de Hokkaidō pour une journée de visites et d’échanges autour de la viticulture.
par
Morgane AIGU
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A gauche : Sylvain Naulin (Directeur général du BIVB) et Ishiguro Kaori (fondatrice et présidente de WINE no KAORI) et les membres de l’Assemblée d’Hokkaido.
La Bourgogne et Hokkaidō, deux terres de vin séparées par 9 000 kilomètres mais réunies par les mêmes ambitions. Une délégation japonaise en visite officielle pendant 3 jours a découvert les atouts du vignoble bourguignon. Objectif de cette visite : développer la viticulture sur l’île d’Hokkaidō. De la Cité des Vins de Beaune au Domaine de Montille, à Volnay, la délégation est venue puiser le savoir-faire au cœur du vignoble.
La matinée a débuté à la Cité des Climats et Vins de Bourgogne, où la délégation, composée de membres de l’Assemblée d’Hokkaidō et de Yuri Tanabe présidente de “SAKURA” Japan Women’s Wine Awards, a été accueillie par Sylvain Naulin, directeur générale du BIVB. Ce dernier, a présenté les bases de la Bourgogne viticole mais également les missions du BIVB (communication, tourisme, valorisation, etc.). Un moment d’écoute et d’échange pour Hokkaidō, première région japonaise en superficie cultivée (492,2 hectares), qui cherche à structurer sa filière et renforcer son image de marque à l’échelle mondiale.
Ishiguro Kaori (fondatrice et présidente de WINE no KAORI) et Manon Dumait (Responsable Commerciale France du domaine De Montille) lors de la dégustation des cuvées du domaine.
Un pont viticole entre l’Est et l’Ouest
L’après-midi, la délégation s’est rendue à Volnay, au Domaine de Montille, déjà bien connu au Japon… et à Hokkaidō en particulier. En 2018, le domaine bourguignon y a en effet acquis 38 hectares dans la région d’Hakodate avec des cépages pinot noir et chardonnay, contribuant à l’essor de la viticulture locale. Guidés par Manon Dumait, la Responsable Commerciale France du domaine, la délégation a pu découvrir l’ancienne cuverie qui fait maintenant office de bureaux et de salle de dégustation à l’étage. Durant une dégustation de 8 vins du domaine (5 blancs, 3 rouges), les membres de l’Assemblée ont pu échanger sur les pratiques de vinification et discuter des défis communs : changement climatique, biodynamie, techniques viticoles… A l’issue de cette dégustation, les membres ont pu discuter avec Etienne de Montille (en visio car actuellement aux Etats-Unis). Ce dernier a évoqué trois grands défis pour la viticulture à Hokkaido.
Tout d’abord, le climat local, marqué par une forte humidité, un ensoleillement limité et d’importantes chutes de neige, complique la culture de la vigne et accentue la sensibilité aux maladies. De plus, certaines pratiques autorisées dans la viticulture biologique européenne, comme l’utilisation de phéromones, restent interdites au Japon, ce qui freine la transition vers une production plus durable. Il travaille donc avec l’INRA et des pépiniéristes japonais pour adapter les cépages au climat local.
Ensuite, même si le gouvernement d’Hokkaido soutient la création de « wineries », Etienne de Montille souligne que la filière doit davantage accompagner les jeunes vignerons, notamment à travers la formation et l’extension du vignoble, car la petite taille des plantations et les faibles rendements limitent l’offre de raisins et provoquent une hausse des prix.
Enfin, le développement de l’oenotourisme représente un levier essentiel pour promouvoir les vins locaux : l’accueil des visiteurs via des espaces de dégustation, la restauration sur site avec vue sur les vignes, et l’offre d’hébergements permettent de fidéliser la clientèle et de faire rayonner la viticulture d’Hokkaido.
Installé sous le nom « De Montille & Hokkaidō », le projet se structure dès 2016, avec les premières plantations en 2019. Les cépages de Pinot Noir et Chardonnay sont cultivés avec des méthodes inspirées de la Bourgogne, mais adaptées au contexte japonais.
Le projet ne se limite pas à produire du vin au Japon : il vise à tisser un lien entre la tradition bourguignonne et la dynamique japonaise. À travers une équipe franco-japonaise, De Montille & Hokkaidō mise sur la transmission : partage du savoir-faire bourguignon, mais aussi intégration des connaissances locales sur les sols, le climat, et les pratiques. Une démarche encore longue, qui demande des efforts notamment pour répondre aux changements climatiques, introduire des technologies agricoles durables, renforcer la coopération entre les sphères académique, administrative et industrielle, ainsi que développer la notoriété des marques.