À sa création, Saint-Joseph est une appellation encore confidentielle, limitée à environ 90 hectares répartis sur six communes du sud : Vion, Lemps, Saint-Jean-de-Muzols, Tournon-sur-Rhône, Mauves et Glun. Très vite, la question de son élargissement se pose, l’aire est jugée trop petite par l’INAO pour permettre à l’AOC de se faire connaître. Dans un contexte où Saint-Joseph cherche encore sa place parmi les crus du Rhône nord, l’extension apparaît alors comme un levier de visibilité et de développement.
En 1969, Saint-Joseph change d’échelle… pour exister. L’aire d’appellation s’étend à vingt nouvelles communes, principalement vers le nord, jusqu’à Chavanay, dont les vins étaient autrefois reconnus et commercialisés sous la dénomination « Vin de Chavanay ». Plus au centre, autour de Saint-Désirat, les sources témoignent elles aussi d’une présence viticole bien établie. La demande d’extension, soutenue par l’INAO, est portée par plusieurs acteurs locaux. Selon Christophe Claude, directeur de la cave de Saint-Désirat, cette dernière et celle de Sarras auraient joué un rôle important dans ce mouvement. Ces secteurs cherchent alors à valoriser une production viticole existante en s’appuyant sur une AOC reconnue. Même cépage, proximité de terroirs, caractéristiques climatiques comparables : autant d’arguments qui participent à l’extension.
Une production multipliée par cinq en quinze ans
L’élargissement répond aussi à une époque. Dans les années 1960, l’avenir économique des coteaux paraît incertain et la mécanisation devient un modèle agricole dominant. Étendre l’aire permet donc à la fois de donner plus de poids à une appellation encore discrète et d’intégrer des parcelles jugées plus compatibles avec les moyens modernes de culture. Mais cette nouvelle échelle ouvre une période plus contrastée. L’aire parcellaire potentielle devient vaste, autour de 6 800 hectares, même si la surface réellement exploitée reste alors bien inférieure. Les plantations se font progressivement et, entre 1970 et le milieu des années 1980, la production est presque quintuplée. En 1986, les pieds et hauts de coteaux mécanisables représentent déjà 37 % du vignoble planté. Le risque est alors clairement identifié : une partie du vignoble s’éloigne des pentes historiques qui ont construit l’image de Saint-Joseph et affaiblit l’homogénéité qualitative de l’appellation.