Nantoux dans les Hautes-Côtes de Beaune, commune "pilote" du projet avec le village voisin de Meloisey.
Vignobles
Projet « Horizon Hautes-Côtes » : construire le vignoble de demain…
Avec « Horizon Hautes-Côtes », l’ODG des Hautes-Côtes de Beaune et de Nuits lance une démarche inédite en Bourgogne pour cartographier les potentiels viticoles du territoire, mieux protéger la biodiversité et anticiper les effets du changement climatique. Porté avec des partenaires financiers, techniques, locaux et territoriaux, le projet veut poser les bases d’un développement du vignoble à la fois maîtrisé, durable et concerté.
par
Morgane AIGU
le
« Le projet Horizon Hautes-Côtes est né d’un constat : les demandes d’aménagement de nouvelles parcelles viticoles dans les Hautes-Côtes se multiplient », expliquent Nicolas Thevenot, vigneron et Président de l’ODG des Hautes-Côtes, et Boris Champy, vigneron et Responsable ODG du projet Horizon Hautes-Côtes. « Il convient d’accompagner ce développement de manière structurée ». Vignobles situés légèrement à l’ouest de la côte de Beaune et de la côte de Nuits, en altitude (300 à 450 mètres en moyenne), les appellations Bourgogne Hautes-Côtes de Beaune et Bourgogne Hautes-Côtes de Nuits connaissent une forte dynamique de développement. « Dans un contexte de réchauffement climatique, les Hautes-Côtes intéressent les vignerons pour leur altitude et leur climat plus frais. Ces dernières années, il y a donc eu beaucoup de demandes de projets viticoles dans la zone et on s’est aperçus qu’il y avait des enjeux contradictoires liés à la plantation de ces parcelles », raconte Nicolas Thevenot. Dans le premier carnet de bord du projet dévoilé en mars 2026, l’ODG explique que cette croissance impose désormais de concilier attractivité du territoire, qualité des vins, préservation des paysages et respect des équilibres environnementaux. Cette réflexion d’envergure sur l’avenir du vignoble a pour ambition d’accompagner ce milieu en mutation sans le dénaturer.
Cartographier pour mieux décider
Au cœur de la démarche, la cartographie doit permettre de croiser les données géologiques, pédologiques, climatiques, réglementaires et environnementales afin d’identifier les zones favorables à la viticulture… et celles qui doivent rester préservées. L’objectif est de construire un outil d’aide à la décision pour les vignerons, l’ODG et les collectivités, tout en évitant les implantations jugées inappropriées. Comme le résume Françoise Vannier, géologue, co-fondatrice et co-gérante du cabinet d’expertise en terroirs viticoles ADAMA, « l’idée, c’est que le rendu soit proposé via des cartes lisibles et accessibles à tous ». Les analyses intégreront notamment : la nature des sols, l’exposition et les pentes, les données climatiques, les espaces Natura 2000, les zones sensibles à l’érosion. « Cartographier, c’est recenser, identifier et anticiper pour construire collectivement le développement équilibré du vignoble », expliquent les responsables du dossier.
Magny-les-Villers, dans les Hautes-Côtes de Nuits.
Biodiversité : un enjeu majeur dans les Hautes-Côtes
Près de 85 % de l’aire d’appellation se situe en zone Natura 2000 (le réseau Natura 2000, constitué d’un ensemble de sites naturels, terrestres et marins, vise à assurer la survie à long terme des espèces et des habitats particulièrement menacés, à forts enjeux de conservation en Europe). Un chiffre qui impose une vigilance particulière dans les futurs projets de plantation. Pelouses calcaires, habitats forestiers, corridors écologiques… plusieurs espaces naturels abritent des espèces protégées et constituent des réservoirs de biodiversité essentiels. « Le projet Horizon Hautes-Côtes est ainsi le point de départ pour trouver un équilibre dans le développement du territoire », souligne Lara Chatard, chargée de mission Natura 2000. L’objectif est de permettre le développement viticole sans compromettre les milieux naturels.
Deux communes pilotes
Le projet démarre par une phase test dans les Hautes-Côtes de Beaune, sur environ 1 550 hectares (surface totale du territoire analysé sur les deux communes pilotes : vignes, bois, pelouses calcaires, terres agricoles, etc.) sur Nantoux, qui dispose encore de nombreuses parcelles non plantées, et Meloisey, qui au contraire, possède peu de possibilités d’extension. L’idée est d’expérimenter la méthode, d’ouvrir la concertation entre vignerons, élus et partenaires techniques, puis d’étendre la démarche à l’ensemble des 47 communes des aires d’appellation AOC Bourgogne Hautes-Côtes de Beaune et Bourgogne Hautes-Côtes de Nuits, soit près de 26 000 ha (surface totale).
À terme, la future cartographie servira d’outil d’aide à la décision pour les vignerons, les collectivités et les porteurs de projets, avec pour ambition : construire un vignoble résilient, durable et adapté aux défis climatiques de demain.
Quelques chiffres clés
1 838 hectares plantés en appellation Bourgogne Hautes-Côtes de Beaune et de Nuits.
Près de 2 600 hectares non plantés au sein de la délimitation d’appellation.