Vincent Thomas (à gauche) et Richard Angonin, oenologue-conseil, dans la cuverie partagée créée par Moreau Oenologie, à Chassagne-Montrachet.

Micro-productions : l'essor de la "haute couture"

Le phénomène des micro-productions a décollé dans le courant des années 2010, porté par le coût de la vigne et des consommateurs qui raffolent des « pépites ». Une vision « haute couture » qui pourrait bien s’ancrer dans le paysage bourguignon. Analyse de cette tendance et sélection de maisons (et de leurs vins) dont vous n’entendrez probablement pas parler ailleurs…

Elles s’appellent « Ex Nihilo », « La Pierre Ronde », « Glandien », « Petit Roy », « Clair Obscur », « Laisse Tomber », « Le Grappin » ou encore « Les Horées »… Vous ne les connaissez peut-être pas et pourtant : ces maisons aux noms poétiques prospèrent en Bourgogne. Leurs points communs : de très petites productions, peu de moyens, pas de salariés, une liberté par rapport aux codes du vignoble, un fort penchant bio et nature, un succès fou sur les réseaux sociaux, et, enfin, un succès hallucinant à l’export. À tel point qu’on ne trouve que rarement leurs bouteilles en France.

Cette même vision du métier cache pourtant des parcours de vie très différents. « Il y a vraiment tous les profils ! », assure Pierre Gernelle, directeur de la FNEB (Fédération des Négoces de Bourgogne). « Des jeunes nés à Beaune autant que des passionnés qui viennent des États-Unis ou du Japon. Beaucoup de reconversions professionnelles aussi. Sans compter les enfants de vignerons qui veulent faire leurs preuves par eux-mêmes. »

Le boom des cuveries partagées

Les appellations plus « discrètes » et plus accessibles sont souvent plébiscitées par ces petites structures.

Ces passionnés vinifient où ils peuvent : un bout de cave prêtée par un ami, un garage, voire une cuverie en location, option de plus en plus prisée. La première cuverie partagée bourguignonne a vu le jour à Bligny en 2015. Depuis, le concept essaime. Ainsi, les laboratoires Moreau Œnologie proposent depuis 2022 un service de location de cuverie à Chassagne-Montrachet, avec une dizaine de places. « Il y avait une vraie demande de ces petites entreprises qui ne peuvent pas s’offrir une cuverie à 1 000 000 €. Nous voulions faire quelque chose », confie Richard Angonin, qui compte parmi les œnologues responsables du lieu. « Ils louent un espace et peuvent profiter de matériel en commun : pompes, pressoirs… Le concept existe depuis longtemps aux États-Unis, on se demande presque pourquoi ça ne s’est pas développé avant en France. » En effet, « Les Pépites » affiche désormais cuverie comble, avec liste d’attente.

Si ce modèle économique minimaliste fleurit, difficile de le chiffrer avec rigueur. « Le phénomène est difficile à appréhender par essence. Mais il n’a rien d’anecdotique. On a vu beaucoup de ces structures apparaître fin des années 2010, avec une explosion à partir de 2020 », souligne Manoel Bouchet, président de la commission économique du BIVB.

Pourquoi un tel phénomène ? Les coûts de production en Bourgogne semblent jouer un rôle prépondérant. « Le prix du foncier étant une barrière immense aujourd’hui en Bourgogne, la seule solution est souvent de prendre une activité de négoce, d’achat de raisins, pour vinifier », témoigne Pierre Gernelle, directeur de la FNEB (Fédération des Négociants de Bourgogne). On parle alors de micro-négoce. D’autres, qui tenaient à avoir leurs vignes, ont investi dans les appellations les plus discrètes. « En particulier des Bourgogne ou Hautes-Côtes, aussi des villages comme Auxey-Duresses ou Saint-Romain. C’est d’ailleurs une belle nouvelle pour ces appellations qui y voient un nouveau souffle », relève Édouard Konczewski, cofondateur du distributeur Golden Coast, à Beaune.

Des projets plus ou moins sérieux

Mais l’explication des coûts de production seule ne suffit pas. Pour que ce type d’entreprises fleurisse, il faut des débouchés. Et c’est là que le sujet devient passionnant. Nathan Drouhin, qui a produit ses premières cuvées en 2025, n’en revient pas lui-même : « Dans un marché avec plus de demandes que d’offres, nos petites productions sont très demandées. Surtout dans le contexte actuel, où les distributeurs sont à la recherche de nouveautés, de pépites. Mes premiers vins ne sont pas encore en bouteilles et j’ai déjà rencontré la plupart de mes futurs clients professionnels : des proches parlent de moi à des distributeurs, ces derniers vont sur mon Instagram, me contactent, viennent déguster, et voilà. C’est une chance incroyable », reconnaît celui qui s’apprête à commercialiser ses 3 500 bouteilles dans… une dizaine de pays différents.

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