Le crémant sort de sa bulle !

À force de constance et d’exigence, la bulle bourguignonne se fait une place dans les verres et dans les esprits. Une montée en puissance entraînée par une diversité de styles et par des moments de consommation en plein renouveau.

Il suffit d’ouvrir la carte d’un producteur-élaborateur bourguignon pour mesurer le chemin parcouru. Fini le temps où l’on se contentait de trois cuvées génériques, les gammes s’étirent désormais en larges palettes : des cuvées spéciales, millésimées, nature, parcellaires, avec, dès l’an prochain, l’autorisation officielle par l’INAO de la mention des lieux-dits sur les étiquettes comme expliqué dans l’article « Les terroirs enfin reconnus ! », mais aussi des blancs de blancs, blancs de noirs, rosés, bruts, extra-bruts, etc. La diversité s’est considérablement élargie ses vingt dernières années. Cette expansion n’est pas qu’une affaire de goût, elle transforme la façon dont on boit le crémant. Les cuvées répondent à des instants de consommation très différents. Le rosé fruité et léger accompagne l’apéritif d’été, les blancs de blancs plus amples et plus profonds trouvent leur place à table tandis que d’autres s’invitent à « l’afterwork », surtout dans les pays anglo-saxons où le crémant incarne une certaine idée de la convivialité, du partage et de la simplicité. Là où la bulle était réservée aux grandes occasions il y a encore vingt-cinq ans, elle accompagne désormais une multitude d’instants de consommation.

« Nul n’est prophète en son pays »

Signe que le marché s’élargit, la bulle voyage. En France, une bouteille effervescente sur deux franchit aujourd’hui une frontière et la Bourgogne suit le mouvement avec près de 50 % d’export.

Reste un paradoxe, chez nous, l’effervescent peine encore trop souvent à sortir du rang. Pourquoi le crémant de bourgogne est-il si bien valorisé à l’international alors que certains cavistes ou restaurateurs locaux peinent à lui faire une place ? En Bourgogne, on peut aligner cinq rouges et cinq blancs sur un comptoir… mais rarement autant d’effervescents. Comme si la bulle bourguignonne n’avait pas encore droit au même respect que les vins tranquilles. Le Bourguignon est parfois le pire ennemi de la Bourgogne.

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