Les vins de Morey-Saint-Denis, minuscule village situé (presque) au centre géographique de la côte de Nuits, jouissent aujourd’hui d’une réputation mondiale. Cela n’a pas toujours été le cas : avant la naissance des appellations contrôlées, au milieu des années 1930, les vins étaient souvent vendus sous l’étiquette de Gevrey-Chambertin ou de Chambolle-Musigny, les deux célèbres communes limitrophes. Ce petit vignoble (à peine plus de 130 hectares) possède pourtant un patrimoine remarquable de clos, ces parcelles entourées de murets qui ont contribué à la reconnaissance par l’UNESCO du vignoble de Côte-d’Or. On retrouve ces clos dans la quasi-totalité des grands crus (Clos de Tart, Clos de La Roche, Clos Saint-Denis, Clos des Lambrays…) mais aussi dans plusieurs premiers crus et même dans certains villages. Comme un rappel, les bâtiments du prestigieux Clos de Tart dominent la rue principale bordée par un grand nombre de domaines réputés.
Les grands crus jouent pleinement leur rôle de locomotive du village. 80 % des vins présentés ont ainsi été sélectionnés par notre jury dans le millésime 2022, et c’est encore mieux en 2023, avec 87,5 % ! D’excellents résultats que l’on doit à plusieurs domaines réputés et qui n’hésitent pas à jouer le jeu de la dégustation à l’aveugle : Bruno Clair, Hubert Lignier, Arlaud, Castagnier, Amiot et Fils, etc. Les premiers crus de Morey s’en sortent aussi très bien, avec une réussite remarquable en 2023 : 70 % d’échantillons sélectionnés, contre 63 % en 2022. Quant aux villages, ils ne sont pas en reste, « cartonnant » à près de 80 % en 2022, et 69 % en 2023. On a déjà tout écrit sur ces deux millésimes bourguignons de grande qualité. Les 2022, mûrs, puissants, très structurés, iront loin. Les meilleurs feront de magnifiques bouteilles dans une dizaine d’années. 2023, marquée par des températures caniculaires notamment dans les premiers jours de septembre, a donné aussi des vins de très haut niveau, peut-être plus immédiatement accessibles, dotés d’une excellente lecture des terroirs. La clef de la réussite, en 2022 et plus encore l’année suivante, était le contrôle de rendements très (parfois trop) généreux. « J’ai pratiqué une vendange en vert sévère en 2022 comme en 2023 » se souvient Laurent Lignier (Domaine Hubert Lignier). Léon Amiot (Domaine Amiot et Fils) a choisi de ne conserver que huit à douze grappes par pied en 2023. Une option gagnante !