« La notoriété des vins de Beaune n’est pas au niveau de leur qualité », estime Frédéric Barnier, directeur technique de la Maison Louis Jadot qui exploite 90 hectares en Côte de Beaune et Côte de Nuits, dont 24 sur Beaune ; il a donc une opinion avisée sur la question et nous partageons son avis. L’appellation Beaune est incontestablement sous-cotée pour tout un tas de raisons. « On connaît la ville historique, avec ses Hospices, sa place Carnot, ses commerçants, son musée du vin dans l’ancien hôtel des Ducs de Bourgogne… mais pas le vin », entend-on dire parfois. La ville de Beaune serait donc un problème pour l’appellation Beaune. Un peu léger nous semble-t-il et on peut penser au contraire que la notoriété de la ville devrait être un atout pour les vins. Un problème de communication globale ? Allez savoir…
Autre argument : « L’appellation est vaste, compte trop de premiers crus (quarante-deux) et trop peu de vins d’AOC villages, d’entrées de gamme en quelque sorte, ce qui nuit à sa visibilité… » Quelques retouches sont peut-être possibles ici et là, quelques regroupements de climats sont sans doute envisageables comme cela s’est fait à Volnay il y a quelques années mais pour autant, la délimitation des premiers crus ne nous semble pas être délirante ; beaucoup d’hectares potentiels d’AOC villages en bas de coteau ont tout simplement été… urbanisés par l’extension de la ville vers l’ouest et on imagine mal voir des bulldozers détruire des maisons ou des immeubles pour planter des vignes. Et puis dans beaucoup de domaines les prix restent abordables même en premier cru.
Quelques grands blancs et beaucoup de grands rouges
L’appellation Beaune est-elle trop rouge ? C’est sans doute vrai et Frédéric Barnier estime même « qu’il reste un potentiel à révéler en chardonnay ». La proportion de blanc a augmenté, doucement, depuis vingt ans, et le processus va sans doute se poursuivre, comme au Domaine Albert Morot qui vient d’arracher des pinots noirs dans le premier cru Les Toussaints pour y planter du chardonnay. Pour autant, prudence… Beaune produit à ce jour quelques grands blancs et beaucoup de grands rouges et ce n’est pas sans bonnes raisons agronomiques. Attention à un « blanchissement » plus large de l’appellation qui se ferait dans des terroirs de rouges ; on a vu quelques exemples de ce type à Chassagne-Montrachet notamment. La tendance, la mode de consommation actuelle est sans doute favorable aux blancs, mais la mode…