La petite ville de Givry et une partie des premiers crus.
Vignobles
Côte Chalonnaise : le vignoble qui a la cote...
Rares sont les vignobles à résister à la crise viticole actuelle. La Côte chalonnaise en fait partie. Bénéficiant à la fois d’une nette montée en gamme, fruit d’un travail de fond opéré depuis les années 1990, et de rapports qualité/prix contrastants avec ceux des voisins de Côte-d’Or, le secteur a gagné les faveurs des consommateurs. Découvrez dans les pages qui suivent un focus sur l’actualité des appellations Bouzeron, Rully, Mercurey, Givry, Montagny et Bourgogne Côte chalonnaise.
par
Clément Lhôte
le
Mercurey
Plus de blancs et plus de bio
Figure de proue de la Côte Chalonnaise, l’appellation Mercurey a pour elle sa vaste étendue et son ancienneté. Mais ces atouts ne seraient rien sans un travail technique de fond, porté par le collectif de génération en génération, et qui se poursuit aujourd’hui.
En 2023, Mercurey fêtait les 100 ans de sa reconnaissance par un jugement du tribunal de Chalon, en 1923 donc. Ce qui en fait la plus ancienne appellation de la Côte Chalonnaise, la deuxième de Bourgogne après Pouilly-Fuissé. Un statut « d’ancien » que le cru – qui s’étend sur les communes de Mercurey et Saint-Martin-sous-Montaigu – honore à merveille. « C’est une appellation qui a toujours joui d’une bonne réputation et qui aujourd’hui fonctionne bien commercialement. Mais ce succès ne tombe pas du ciel, il est le fruit d’une perpétuelle remise en question, sur le plan technique notamment », analyse Amaury Devillard, copropriétaire du Château de Chamirey et président de l’ODG (Organisme de Défense et de Gestion) Mercurey.
« Nos parents et grands-parents ont compris que la qualité se faisait à la vigne, et l’appellation a investi dans sa viticulture ces dernières décennies. Je pense au travail de remembrement des parcelles, mais aussi à l’amélioration qualitative : labour et vendange manuelle sont maintenant majoritaires. Si l’on regardait une photo des vignes il y a vingt-cinq ans, on ne reconnaîtrait pas l’appellation ! ». Autre point crucial : l’attention portée au matériel végétal. Une mission menée par Laurent Monnet, chef de culture du Château Philippe le Hardi et responsable technique de l’ODG jusqu’à peu. « J’ai beaucoup communiqué auprès des confrères sur l’importance de planter des pinots fins, ceux dont les petites grappes apportent moins de rendements, mais plus de finesse et de complexité. Ainsi nombre de remplacements de pieds et de plantations se sont réalisés avec des pinots de qualité. »
On devrait dire les mercureys
Dans cette lignée, la proportion de surfaces en bio a explosé. « On doit approcher de 40 % des surfaces engagées. D’ailleurs, les nouveaux vignerons qui s’installent le font directement en bio généralement ». Autre virage pris récemment : le « blanchiment » de l’appellation. « Mercurey était en rouge à 90-95 %. Aujourd’hui, c’est plutôt 85 %. Et cela s’est fait de manière raisonnée : des chardonnays ont été plantés sur des terroirs adaptés, les plus frais, avec des expositions moins solaires ou de plus fortes proportions de marnes », explique Amaury Devillard. Une évolution bien aidée par l’analyse des terroirs de l’appellation, réalisée en 2007 par le bureau d’études Sigales. « Cette carte a officialisé ce que les vignerons connaissaient par la pratique : que Mercurey est une incroyable mosaïque de terroirs. On devrait dire les mercureys plutôt que le mercurey », s’enthousiasme le président de l’ODG. Laurent Monnet confirme. « Entre les terres rouges du Clos du Roi, les marnes calcaires des Champs Martin ou les chailles des Puillets, on peut obtenir des expressions complètement différentes avec le pinot noir. » Cette carte des sols vient bien sûr appuyer le dossier d’extension des premiers crus de Mercurey, déposé en 2009, et dont l’aboutissement – après moult rebondissements – est espéré courant 2027.
Les Mercurey premiers crus Champs Martin et Clos des Barraults.
Rendement maximum en rouge : 50 hectolitres par hectare (hl/ha) (villages), 48 hl/ha (premiers crus).
Rendement maximum en blanc : 57 hl/ha (villages), 55 hl/ha (premiers crus).
Prix moyens : 18 à 28 € (villages), 25 à 45 € (premiers crus).
Givry
La (trop ?) bonne réputation
En peu de temps, Givry s’est forgé une solide réputation auprès des professionnels comme des amateurs. Revers de la médaille : un foncier qui monte.
Peu d’appellations bourguignonnes peuvent se targuer du succès que connaît Givry. « Même dans le contexte commercial actuel, qui s’est tendu », se réjouit Nicolas Ragot, vigneron et président de l’ODG. « Dans le monde du vin, tout le monde connaît l’appellation, et tout le monde peut en citer trois ou quatre crus, ainsi que deux ou trois producteurs. Nous bénéficions aussi d’une réputation de régularité, d’homogénéité de nos vins. Un givry, c’est un produit fiable pour les acheteurs. »
Une image qui n’est pas tombée du ciel. « C’est seulement dans les années 1990 que Givry a pris son essor. Le temps de replanter en pinot noir et en chardonnay et de faire connaître sa montée en gamme. » Même constat pour Hélène Sarkis, régisseuse du Domaine Joblot. L’œnologue tient à souligner le rôle pour elle essentiel de certains vignerons, dont son prédécesseur. « Il y a trente ans, des personnes comme Jean-Marc Joblot ou François Lumpp, par leur exigence technique et leur détermination à faire connaître leur travail, ont largement contribué à la réputation actuelle de l’appellation ». Autre atout : la taille du vignoble. « L’aire de production est plutôt petite et condensée. Nous n’avons jamais eu de volonté d’extension. Ce qui apporte de la cohérence », relève Nicolas Ragot.
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