Gel, grêle… Près de 15 000 hectares touchés !


29/06/2016

Près de 15 000 hectares ont à ce jour été gelés et/ou grêlés en Bourgogne et dans le Beaujolais au printemps et des centaines d'entreprises sont sinistrées. L'année 2016 va laisser des traces profondes...


Un voyageur de passage ne verra rien d'autre qu'un vignoble verdoyant et développé, presque comme d'habitude. L'oeil plus exercé remarquera bien ici et là des zones à la végétation plus chétive, mais si peu... Les impressions sont pourtant trompeuses ! À l'exception des secteurs les plus touchés par la grêle, nous allons y revenir, la végétation a visuellement repris ses droits quelques semaines après les intempéries qui ont frappé la « Grande Bourgogne » en avril-mai. Rappelons que tout a donc commencé mi-avril, très tôt donc dans la saison, par un gigantesque orage de grêle qui a frappé les crus du sud du Mâconnais (Pouilly-Fuissé, Loché, Vinzelles, Saint-Véran - 71), sur 1 000 à 1 500 hectares, dévastant certains secteurs à 100 %. Le même jour, 500 hectares étaient également grêlés dans le Chablisien et 150 (dont 100 à 80%) au nord du Beaujolais, dans le cru Juliénas.

Deux semaines plus tard, si le Mâconnais et le Beaujolais ont été cette fois épargnés, il en va différemment du reste de la Bourgogne transie de froid avec un pic de gel le matin du 27 avril, sur toute la Côte-d'Or, l'Yonne et une partie de la Côte Chalonnaise. Certains villages comme Rully (Côte Chalonnaise), Chassagne-Montrachet, Saint-Aubin, Volnay, Pommard, Beaune, Savigny-lès-Beaune, Pernand-Vergelesses (Côte de Beaune), Nuits-Saint-Georges (au sud du village), Chambolle-Musigny, Marsannay (Côte de Nuits) ont été sévèrement gelés, alors que d'autres comme Givry, Montagny (Côte Chalonnaise), Puligny-Montrachet (Côte de Beaune), Vosne-Romanée, Morey-Saint-Denis, s'en sortaient avec beaucoup moins de mal ; il se confirme toutefois aujourd'hui que sous l'effet du froid qui a stagné toute la semaine, beaucoup de raisins qui n'avaient apparemment pas gelé, ont « filé » (pris l'apparence finale d'une vrille), avec à la clef une perte supplémentaire de production. La Confédération des appellations et des vignerons de Bourgogne (CAVB) estime que 8 000 à 9 000 hectares (près de 30 % du vignoble régional) ont été concernés par ce gel le plus sévère depuis 1991, voire 1981.

« Episode » suivant, le 27 mai, avec une nouvelle tempête de grêle sur l'Auxerrois et le Chablisien, dans l'Yonne (89) qui a frappé plus de 1 000 hectares en milieu d'après-midi. Vers 23 heures le même jour, les crus Chiroubles, Fleurie et Morgon dans le Beaujolais ont également été dévastés sur plus de 1 000 hectares ; le 24 juin, une deuxième lame est passée sur les mêmes secteurs, mais aussi sur les crus Régnié et Moulin-à-Vent et des vignes de Beaujolais-Villages à Beaujeu, Quincié, Lancié et Lantignié. A la Chambre d'agriculture du Rhône, Pascal Hardy donne des chiffres qui font froid dans le dos : « 2 500 hectares (sur 16 500 environ au total) ont été grêlés à ce jour, dont 1 000 hectares à plus de 75%. L'épicentre est situé dans le triangle Chiroubles-Fleurie-Morgon. Dans les zones sinistrées, 400 entreprises sont touchées et 10% de ces domaines ne récolteront rien ou quasiment rien en 2016 ». Ajoutons qu'ils ne récolteront pas grande chose non plus en 2017 dans la mesure où les effets de la grêle se font également sentir l'année suivante. Même si 40% des vignerons sont aujourd'hui plus ou moins bien assurés dans le Beaujolais contre la grêle (contre 15% au plan national), il n'empêche que 2016 va laisser des traces...

Retour en Bourgogne ou en apparence le vignoble gelé présente donc un aspect normal et ce parce que la nature est bien faite. Les premiers contre-bourgeons sont repartis vite, donnant de la végétation et parfois un ou deux raisins, qui seront sans doute récoltés à peu près en même temps que les raisins non gelés. D'autres contre-bourgeons sont repartis plus tardivement ; les raisins affichent plusieurs semaines de retard et ne seront probablement pas récoltés ; les vendanges « normales » s'annonçant tardives en Bourgogne, fin septembre/début octobre, il est en effet impossible que ces raisins mûrissent en octobre. Enfin, du végétal est sorti des pieds eux-mêmes, du vieux bois, donnant là aussi des pousses mais très peu fructifères. « De plus, tout cela donne des raisins de deuxième génération avec lesquelles on ne fait pas de grands vins », conclut Joseph Colin, vigneron à Saint-Aubin (21). Ces pousses seront utiles pour la taille l'an prochain et puis côté production, tous les « espoirs » sont permis pour 2017, puisque les précédentes années de gel ont été suivies de récoltes abondantes, à l'image de la pléthorique année 1982.

La floraison, étape souvent décisive pour commencer à cerner le volume d'une récolte, est passée mi-juin en Beaujolais, fin juin 2016 en Bourgogne, dans des conditions mitigées et l'heure est à tenter de faire les comptes. Pour avoir des chiffres aussi fiables que possible et étayer les diverses demandes d'aides faites, la CAVB a envoyé à tous les vignerons une enquête concernant les pertes de production. Le chiffre d'1 million d'hectolitres circule aujourd'hui pour la récolte 2016, contre plus de 1,5 million en 2015 et 2014. Quant au Beaujolais, impossible aujourd'hui de faire une estimation fiable, mais il est clair qu'il faudra faire une croix sur 2016 dans les secteurs les plus grêlés.

Dans les deux régions, les conséquences pourraient être dramatiques pour bon nombre de domaines pas ou mal assurés, déjà fragilisés en Bourgogne par la grêle des années 2012 à 2014 (Côte de Beaune) ou situés dans des secteurs comme l'Auxerrois (89) où le prix des vins n'est pas celui des grands crus ; fragilisés également par l'excellente mais minuscule récolte 2015 (en raison de la sécheresse) dans le Beaujolais. Les effets se feront également ressentir sur les fournisseurs des domaines et négociants. Au plan commercial, qu'en sera-t-il des prix des vins en sachant que la Bourgogne est déjà montrée du doigt en raison des hausses pratiquées ces dernières années ? La tentation pourrait être forte de compenser la perte par de nouvelles hausses, en partie au moins... Bref, si l'on a parfois pu dans le passé utiliser la formule « d'année de tous les dangers » à tort et à travers, il semblerait bien cette fois qu'elle convienne à merveille.

Christophe Tupinier


Un chapelet de mesures

Rapidement, la Confédération appellations et des vignerons de Bourgogne (CAVB) et la Chambre d'agriculture du Rhône ont engagé des démarches dans diverses directions en coordination avec les ODG, les préfectures et la FDSEA (dans le Rhône) : reconnaissance en catastrophes naturelles, calamités agricoles, fiscalité, main-d'oeuvre, charges, douanes, etc. Elles ont bon espoir d'avoir rapidement des réponses positives dans diverses directions et en premier, quant à un allégement des charges patronales MSA (Mutualité Sociale Agricole) ; des allégements de charges sociales ont également été demandés auprès des ministères du Travail et de l'Agriculture. Concernant les salariés, la mise en place du chômage partiel devrait être possible. En Bourgogne, il a également été demandé pour les domaines qui pratiquent des activités connexes (gîtes, oenotourisme...), que la part de ces activités puisse passer à 50 % du chiffre d'affaires et 100 000 euros TTC contre 30 % et 50 000 euros aujourd'hui.


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