Accueil Actualités Yanping Gong, la plus beaunoise des Chinoises

publié le 08 janvier 2019

Yanping Gong, la plus beaunoise des Chinoises

 

Que
proposez-vous aux Chinois
que vous accueillez aujourd’hui (en Bourgogne) ?

Pour vendre du vin aux Chinois, il ne suffit pas de
faire un catalogue ! J’ai choisi de les faire venir sur le terrain, pour
des visites du vignoble et des dégustations. Les formations se déroulent en
partenariat avec le CFPPA de Beaune.

Qui
sont les Chinois qui
participent à ces formations ? Ils connaissent déjà les vins de la région
ou ils viennent pour les découvrir ?

Depuis la création, on a formé un peu
plus de 80 stagiaires, hommes et femmes. Ils viennent de différents horizons :
importateurs, distributeurs ou vendeurs. Il y a aussi des gens qui sont en
reconversion professionnelle. Certains travaillaient jusqu’alors dans la
finance et ils ont envie de changer de métier. On a aussi des journalistes, des blogueurs, des
restaurateurs et quelques jeunes amateurs d’une vingtaine d’années,
majoritairement taïwanais.

Un de nos stagiaires est aujourd’hui
leader en Chine avec sa marque, Vinocave, qui fabrique des caves électroniques.
En venant en Bourgogne,
il a pu améliorer son produit en discutant avec les vignerons. Pour les Chinois, les vins de Bourgogne sont
plus sensibles, plus délicats que ceux de Bordeaux par exemple, c’est pour ça
qu’il a lancé ce produit haut de gamme.

Ce
sont les domaines prestigieux qui attirent les Chinois ?

Pour la majorité des Chinois, si c’est cher, c’est
bon ! Beaucoup de records d’enchères ont été battus dans mon pays, même si
au début ils étaient choqués par la simplicité des étiquettes de vins de
Bourgogne. On ne voit pas la valeur. Sur les bouteilles de Bordeaux, il y a
souvent le château, c’est plus luxueux. Mais de nombreux Chinois ont aussi une fibre
commerciale. Ils ont rapidement vu les opportunités de faire des affaires qui
s’offraient à eux avec les vins de Bourgogne.

Cela
signifie que la clientèle chinoise est là uniquement pour les grands
crus ? 

Il y a deux types de clientèle. Les Chinois qui viennent en
Bourgogne pour les domaines connus, très chers, les 3 R + 1 L :
Romanée-Conti, Roumier, Rousseau et Leroy. L’autre profil, ce sont ceux qui
souhaitent des vins par chers, avec un budget de 10 € pour les villages et
environ 20 € pour les premiers crus. C’est plus difficile sur le marché
chinois pour les vins qui se situent en milieu de gamme, en Bourgogne comme sur
les autres vignobles d’ailleurs.

Vous
parlez essentiellement de la Côte-d’Or.
Qu’en est-il du Chablisien, de la Côte Chalonnaise et du Mâconnais ?

Les Chinois s’intéressent majoritairement
à la Côte-d’Or avant tout
parce qu’ils sont plus amateurs de vins rouges. En blanc, c’est plus compliqué
ou alors il faut se tourner vers de vieux millésimes, prêts à boire. Les vins
blancs jeunes, le problème c’est la fraîcheur et l’acidité. Les Chinois y sont très sensibles
et n’apprécient pas vraiment. Même pour le pinot noir, au début, c’était compliqué. Maintenant,
les Chinois comprennent
mieux ce cépage et savent que la fraîcheur est nécessaire et que cela fait
partie de son ADN. Ils ont bien compris que les rouges de Bourgogne étaient des
vins de gastronomie.

Lors
de la dernière vente aux enchères des vins des Hospices de Beaune, de nombreux Asiatiques étaient présents
dans la salle. Qui sont-ils ?

Le profil des clients a changé. Avant, c’était relativement facile
d’identifier qui était dans la salle. Il s’agissait de professionnels du vin.
Maintenant, on a beaucoup
de particuliers qui viennent acheter pour eux, par exemple pour avoir du vin de
l’année de naissance de leurs petits-enfants. Ils peuvent aussi se regrouper
entre amis et déléguer l’un
d’eux pour venir acheter une pièce, pour le fun. Les stagiaires que nous
avons accueillis ont déjà
participé et ont pu acquérir une quinzaine de pièces. L’augmentation du prix des vins de
Bourgogne n’est pas un frein pour les Chinois, même si acheter aux hospices ça revient plus cher que d’acheter une
bouteille vendue par un grand domaine !

Propos recueillis par Élisabeth Ponavoy

Il vous reste plus de la moitié de cette interview publiée dans le numéro 144 de Bourgogne Aujourd’hui à lire, ainsi qu’un dossier sur les “Bourguignons de l’année”, des guides d’achat de vins de Meursault, Auxey-Duresses, Monthélie et Saint-Romain, un article sur le domaine Fèvre, à Chablis, sur un restaurant “qui monte”, à Dijon, notre dernier supplément “Crémants de France”, etc. Vous pouvez acheter Bourgogne Aujourd’hui n°144 au numéro et/ou par abonnement.

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