Millésime 2015 dans le Beaujolais : historique

Avoir la juste adéquation entre la matière et la fraîcheur du fruit n’était pas chose facile à réaliser dans ce millésime hors normes. Si certains vignerons se sont fait surprendre par des excès de maturité, des erreurs de récolte et des extractions excessives, les vinificateurs les plus habiles ont réussi de manière très convaincante à dompter la puissance en préservant un bel équilibre.

En juillet-août 2015, les températures ont été très élevées, avec, dans certains secteurs, 7° au-dessus des normales dans les derniers jours d’août. Cela a eu pour conséquence une hausse phénoménale des degrés alcooliques à la fin du cycle végétatif, et une perte de récolte par desséchement et par évaporation, estimée entre cinq et dix hectolitres par hectare.

 

Prudence en cuverie

 

Les vendanges ont débuté le 24 août, sous la canicule, pour se terminer vers le 11 au 12 septembre. Avec des raisins aussi mûrs, dans un état sanitaire aussi parfait, (meilleur qu’en 2009, 2011 et 2005), les vignerons ont pressenti dès le début qu’ils avaient un très grand millésime. Les volumes, assez faibles, ont varié selon les secteurs. Les vignes plantées sur la roche ont produit vingt à vingt-cinq hectolitres par hectare, alors que sur des sols plus profonds, comme ceux de la Côte de Py, mais aussi des secteurs plus bas en Beaujolais-Villages, qui semblent avoir bien mieux résisté à la chaleur, ont permis d’atteindre les quarante hectolitres. Il a fallu être très prudent en cuverie pour maîtriser des vendanges qui avaient parfois plus de 14° naturels. Les peaux étaient épaisses, la couleur et les tanins sortaient bien et de nombreux vignerons ont fait le choix de laisser macérer un peu moins longtemps que d’habitude et à des températures un peu plus basses, afin de garder de l’équilibre dans la richesse et d’éviter d’avoir des vins qui ressembleraient à des grenaches du sud de la Vallée du Rhône.

Vendanges égrappées ou entières, élevages en fûts, foudres ou cuves béton, élevages courts de neuf mois ou, plus longs, de vingt-quatre mois ; il n’y a finalement pas de recette unique pour réussir un grand vin dans ce millésime. La concentration des raisins due à la faible récolte et la relative vieillesse des vignes du Beaujolais expliquent à la fois ce niveau de concentration et surtout la qualité des acidités (pH) qui, contrairement à certains millésimes caniculaires, n’ont pas été dégradées par la chaleur. Avec des acidités de 3,85 à 3,90 et des pH de 3,5, les équilibres de ce millésime étaient parfaits. Avoir de tels degrés avec de telles acidités, ce qui est rarissime, a évité d’avoir des vins lourds, confiturés ou cuits et, au final, peu de vins excèdent les 13,5° naturels.

Soleil et chaleur extrêmes ont été au menu météo pendant toute l’année 2015 et ce jusqu’au vendanges entamées dès la fin août.

Trois styles en 2015

 

Sur la bonne centaine de vins dégustés, certaines cuvées, marquées par l’alcool et peut-être sur-extraites, ont montré des tanins secs avec des matières qui se sont amaigries avec le temps. Mais près d’une bonne quarantaine de cuvées, notées de 15,5 à 18/20 ont gardé tout leur éclat, leur fraîcheur et leur puissance. Trois styles se sont dégagés à l’issue de cette dégustation. Les cuvées « à la bourguignonne », souvent égrappées, avec des arômes de mûre et de cerise noire, aux tanins francs et épicés, souvent élevés en fûts de belle origine. Les cuvées de style « rhodanien », aux arômes de violette, de pivoine et de moka, avec une forme d’onctuosité portée des tanins très soyeux. Et enfin un troisième style plus « minéral », où l’empreinte du terroir est restée très prégnante, avec des arômes dominés par la cerise, la réglisse et presque toujours des notes de graphite en finale de bouche.

 

L’élevage déterminant en 2015

Nous avons toujours pensé que si les « jus » de base des grands vins du Beaujolais avaient un potentiel exceptionnel, il leur manquait parfois ce « petit plus » qui fait passer un vin de très bon à grand et ce « petit plus », c’est souvent un élevage long et soigné. La lecture des résultats est d’ailleurs riche d’enseignements. Le Château des Jacques place quatre vins dans les sept premières places et à ses côtés, on trouve Frédéric Berne et Christian Bernard (Domaine des Grands Fers). Tous ces gens-là produisent des « jus » de très grande qualité et ils savent ensuite les élever pendant suffisamment longtemps, sous bois, pour en révéler tout le potentiel. On sait que le fût de chêne, surtout neuf, est à manier avec beaucoup de précaution sur le cépage gamay, mais un élevage long sur lies, en fûts, en foudres, en cuves béton… a ceci de magique qu’en année un peu faible, il enrichit les vins alors qu’il va les affiner quand le millésime est plus généreux… comme 2015.

 

La dégustation

La dégustation à l’aveugle de 106 cuvées (105 de vins rouges), toutes appellations confondues du millésime 2015, a clairement mis en évidence tout le potentiel de ce fantastique millésime qui en garde encore sous le pied. Retrouvez ci-dessous nos nombreux coups de cœur.

97 / 100

Château des Jacques

Moulin-à-Vent La Roche

Nez complexe, riche, avec des notes de fruits noirs (mûre, sureau), évoluant vers des arômes de fumée et de tabac brun. Bouche veloutée, portée par des tanins soyeux. Un vin plein, très équilibré, avec un grand potentiel de garde.

 

 

Château des Jacques

Morgon Côte du Py

Robe intense. Nez d’une belle fraîcheur, avec des arômes de fruits noirs (cerise noire, myrtille), une touche de moka et de noyau. La bouche est charnue, soutenue par des tanins veloutés, raffinés et enrobés dans un boisé de grande qualité.

 

95 /100

Frédéric Berne        

Chiroubles Les Terrasses

Beau jus sur la griotte et le noyau, avec une tension minérale. Bouche tonique avec des tanins, frais et solides, qui portent l’énergie minérale de la finale.

 

Domaine des Grands Fers

Fleurie Vieilles Vignes

Nez très parfumé, aux arômes de moka, de cerise noire et d’épices douces. La bouche est délicieuse, tendre et fruitée, délicatement épicée, avec beaucoup de finesse et de longueur.

 

Domaine des Grands Fers

Fleurie Les Roches

Très floral au premier abord, le nez de cette cuvée parcellaire évolue ensuite vers les fruits noirs. Bouche concentrée, charnue, avec de très beaux tanins et une finale dynamique qui révèle tout le potentiel de cette cuvée.

 

Château des Jacques

Moulin-à-Vent Clos du Grand Carquelin

Le château poursuit son « festival » avec ce vin au nez de fruits noirs et de fève de cacao enrobés par un boisé noble. Bouche délicieuse, fruitée, épicée, avec une très belle longueur.

Moulin-à-Vent

Beau nez sur les fruits noirs (cerise). Bouche juteuse, fraîche, avec de l’ampleur et de l’équilibre. Tension finale sur des notes de graphite. Cette cuvée est issue d’un assemblage de huit terroirs de l’appellation.

 

93/100

Domaine de la Bêche

Morgon Vieilles Vignes

Nez balsamique, aux notes rhodaniennes (violette, réglisse, moka). Très beau jus avec des tanins qui se serrent un peu en finale. Un vin profond, riche, dense, à attendre encore quelques années.

 

Château des Jacques

Moulin-à-Vent Clos de Rochegrès

Arômes de cerise confite, de réglisse et de moka. Bouche puissante, ample, dense, très équilibrée, avec une fraîcheur finale qui soutient une belle longueur. Le vin est très loin d’avoir dit son dernier mot…

 

Louis Claude Desvignes     

Morgon Les Impénitents

La cuvée emblématique du domaine révèle une robe intense, encore jeune, un nez fin, évoquant la cerise fraîche et la rose. Bouche superbe, d’un fruité éclatant et d’une belle longueur. Grand potentiel de garde.

 

Domaine Girin        

Beaujolais Cuvée L’Ancestrale Fût de Chêne

Voilà l’une des grandes surprises de cette dégustation… Un « simple » beaujolais au nez fumé qui s’ouvre ensuite sur les fruits noirs. Bouche délicate, avec des tanins soyeux, de la chair et un beau potentiel de garde.

 

Domaine de la Madone

Grille Midi Fleurie 2015

Nez riche, concentré, aux arômes de fruits noirs, d’épices, de violette, avec une note de graphite. Bouche riche, juteuse, portée par un fruité frais et des tanins veloutés.

 

Domaine des Marrans

Chiroubles Vieilles Vignes

Nez doux, floral, avec une touche rhodanienne (violette/réglisse). Bouche pleine, dense, soutenue par des tanins soyeux. Beaucoup de plaisir et de gourmandise apportés par la sucrosité des tanins.

Morgon Corcelette

Nez dense, puissant, aux arômes d’épices, de fruits noirs et de fumée évoluant ensuite vers des notes florales. Bouche charnue, croquante, avec des tanins fins, précis, qui donnent une belle fraîcheur en finale.

 

92/100

Château des Jacques

Moulin-à-Vent Clos des Thorins

Arômes de rose ancienne, de cassis et de griotte noire, d’une belle complexité. Attaque de bouche très suave, riche, aux arômes de confiture de cerise et de cacao noir.

 

Château Thivin        

Côte de Brouilly Cuvée Zaccharie

Fruits frais et tension du graphite noir. Vin racé, équilibré où la minéralité est portée par des tanins à la fois puissants et élégants. Du potentiel !

 

Louis Claude Desvignes     

Morgon Javernières

Nez très expressif, aux arômes de fruits noirs, d’épices. Bouche tendre, avec des tanins très soyeux, un bel équilibre général et un potentiel de garde évident.

 

Mee Godard

Morgon Côte du Py

Nez doux, floral, épicé, d’une belle complexité. Bouche gourmande, fruitée, ronde, avec une bonne longueur qui montre tout le potentiel de garde de ce grand terroir du Beaujolais.

 

Domaine Terre des Moriers

Fleurie

Un nez très floral (pivoine, rose) qui donne beaucoup de douceur et d’harmonie. Bouche fruitée, fraîche, à la finale saline et d’une belle longueur.

 

Domaine de la Voûte des Crozes

Côte de Brouilly

Vin tonique, tendu, qui révèle des fruits noirs et une note chocolatée. Finale un peu serrée qui se détend à l’aération.

 

91/100

Domaine Baron de L’Écluse

Côte de Brouilly Les Garances

Notes de cerise noire et de fève de cacao. Bouche droite, tendue, puissante avec une finale minérale. Un vin fougueux, encore très jeune.

 

Frédéric Berne

Morgon Corcelette

Nez sur la réduction au départ, qui s’ouvre ensuite sur la griotte, le sureau noir et les épices. Bouche dense, fruitée, avec des tanins épicés et solides. À garder encore quelques années.

 

Château Bellevue

Morgon Les Charmes

Nez expressif, riche, concentré (fruits noirs à peine confiturés). Bouche charnue, tendre, gourmande et très équilibrée.

 

Château de Lavernette       

Saint-Amour Le Châtelet

Nez riche aux arômes de fruits noirs, d’épices. Bouche veloutée avec un boisé de belle qualité.

 

Domaine Cheveau

Beaujolais-Villages Le Bouteau

Riche, mûre, cette cuvée, aux arômes d’orange sanguine, possède un caractère dense et dynamique très séduisant.

 

Domaine des Grands Fers

Fleurie Gamay Noir

Nez doux, floral, épicé… Bouche tendre, veloutée, avec la délicatesse du terroir de Fleurie.

 

Mee Godard

Morgon Corcelette

Nez doux, floral, épicé et plutôt réservé. Superbe bouche, tonique et juteuse, avec un milieu de bouche très concentré et une finale harmonieuse. Le vin n’est pas en place, mais quel potentiel !

 

Domaine de Leyre-Loup

Morgon Cuvée d’Exception

Fruité noir très profond au nez. Bouche pure, soyeuse et dynamique, avec l’empreinte encore présente de l’élevage en fûts.

 

Mais aussi

Vins notés 89-90/100

Domaine de Baluce (Beaujolais Clos Baluce), Château Bonnet (Chénas Le Clos), Domaine Burnichon (Beaujolais-Villages Cuvée Harmony), Domaine du Clos du Fief (Juliénas Cuvée Prestige), Domaine des Grands Fers (Fleurie Les Côtes Fleurie), Domaine Labruyère (Moulin-à-Vent Sélection Parcellaire), Maison Loron (Juliénas Le Clos des Poulettes), Domaine des Marrans (Fleurie Clos du Pavillon), Domaine Ruet (Brouilly Vieilles Vignes), Domaine de Thulon (Beaujolais-Villages Cuvée Opale).

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