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publié le 28 août 2013

Le “blues” des vignerons

 

C’est plus fort qu’eux… Dans le cadre d’un article à paraitre dans
la prochaine édition de Bourgogne Aujourd’hui sur les appellations
Beaune, Chorey-les-Beaune et Savigny-les-Beaune nous sommes allés voir
des vignerons dont les vins ont été particulièrement bien notés. Nous
avions l’intention de parler avec eux de leurs terroirs, de leurs
techniques de vinification, du travail de la vigne, etc. Ils l’ont
fait… mais le sujet de la grêle du 23 juillet dernier est rapidement
revenu sur la table. C’est que dans le secteur, 2013 vient après 2012,
une autre année de grêle toute aussi sévère. “Deux années de suite,
c’est très difficile et il n’en faudrait pas une troisième. J’ai plus de
50 ans, la plupart de mes emprunts sont remboursés, mais je me mets à
la place des jeunes qui viennent de s’installer ; cela doit être très
dur pour eux”, lance Claude Maréchal, vigneron à Bligny-les-Beaune,
juste en dessous de Pommard, village également sinistré par la grêle du
23 juillet. Claude Maréchal a fait ses calculs : au cours des 30
dernières années, il a perdu en moyenne annuelle 10% de récolte pour
aléas climatiques, pourcentage qui va passer à 40% sur le millésime 2012
et probablement à peine moins en 2013.Chez Rodolphe Demougeot,vigneron
installé à Meursault qui exploite des vignes jusqu’à Savigny-les-Beaune,
la pilule est tout aussi dure à avaler ; le domaine qui produit 45 000
bouteilles par an en rythme de croisière n’en proposera que 32 000 en
2012 à ses clients et probablement guère plus de 35 à 40 000 en 2013. A quelques
kilomètres au nord, rue de l’Arquebuse, à Beaune, Thibault Marion, PDG
de la maison Seguin-Manuel a lui aussi fait ses comptes : 59% de perte
en 2013 en beaune premier cru Cent Vignes, 80% en pommard premiers crus
Petits Epenots et Pézerolles, 84% en beaune premier cru Champ Pimonts,
90% en savigny-les-beaune premier cru Lavières, 95% en savigny village
Goudelettes et 100% en beaune premier cru Clos des Mouches (chiffres
officiels communiqués par son assureur). Thibault Marion a la “chance”
d’avoir également une activité de négoce qui va lui permettre d’acheter
des vins dans des secteurs non touchés par la grêle, voire d’ouvrir sa
gamme à des AOC, notamment de la Côte Chalonnaise toute proche et
totalement épargnée en 2012 et 13 ; il n’empêche qu’au plan commercial
les deux années à venir vont être compliquées à gérer pour lui. “Beaune,
Savigny et Pommard représentent plus des deux-tiers de la surface de
mon domaine, j’avais réussi à décrocher de beaux marchés traditionnels
et cela va être compliqué d’assurer une continuité sur les millésimes
2012 et 2013. Au niveau des prix, j’avais déjà anticipé en augmentant
les 2011. Les clients sont pour le moment compréhensifs, mais il faut
être prudent. Le marché est mondialisé. Nous ne sommes pas seuls. On
marche sur des oeufs. Ces orages de grêle à répétition sont rageants,
ils font mal au coeur et ils déstabilisent le marché”. “On va au
casse-pipe si l’on ne fait rien. Il va bien falloir réfléchir
collectivement aux solutions techniques à mettre en place pour se
protéger contre la grêle”, ajoute en écho Claude Maréchal. Se
protéger contre la grêle ! Une association créé en 1951, l’Anelfa
(anelfa.com), association nationale d’étude et de lutte contre les
fléaux atmosphériques s’est penchée sur la question de très près dans le
sud-ouest de la France. La grêle est un phénomène très variable dans
l’espace et le temps et une étude menée sur 20 ans de 1987 à 2007, a
permis de constater que la grêle ne tombait pas plus souvent, mais avec
plus d’intensité, de violence*, raison pour laquelle elle marque
davantage les esprits. Nous lions clairement cela au réchauffement
climatique”, explique Claude Berthet, directrice de l’association.
L’association a également passé en revue les différents systèmes de
lutte, tous basés sur la pulvérisation dans les nuages de sels d’iodure
d’argent, qui ont la propriété de perturber les conditions de formations
des gros grêlons à l’intérieur des orages. Ces systèmes de lutte sont
au nombre de trois : l’avion, très onéreux, des fusées de type
“militaire” qui grimpent à plus de 3 000 mètres, mais difficiles à
mettre en oeuvre en raison du trafic aérien et enfin, solution retenue
et développée par l’Anelfa, de petits générateurs de particules
glaçogènes installés au sol. Ces appareils brûlent l’iodure d’argent qui
se diffuse dans l’air, alimentant les courants ascendants des orages en
noyaux glaçogènes artificiels qui empêchent la formation des grêlons.
Dix générateurs seulement permettent de couvrir 1 000 km2 et le système,
qui doit être lancé 3 heures environ avant l’arrivée programmée des
orages fait largement appel aux bénévoles. Il n’est en outre pas très
couteux : 2 000 euros par an et par générateur en coût de fonctionnement
selon l’Anelfa. “Au niveau des résultats, des études ont montré une
baisse de 50% de l’intensité des chutes de grêle dans les zones
protégées”, affirme Mme Berthet. A suivre…Christophe Tupinier*
Le dernier épisode orageux a touché le sud du département de la Saône
et Loire le samedi 24 août au matin, avec une violence extrême. En
quelques minutes le ciel est devenu noir, la visibilité est tombée à
quelques centaines de mètres. Une mini tornade accompagnée de grêle et
de pluies diluviennes a dévasté 20 hectares de vignes en beaujolais et
beaujolais-villages, cassé des arbres, des poteaux électriques, abimé
des toitures… A la maison Loron, située à Pontanevaux, le local
d’embouteillage et le chai ont été inondés par de l’eau boueuse issue du
ravinement des vignobles.

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