Rendez-vous Œnotourisme
Le gamay à l’assaut de la Gen Z
La première édition des Gamays Days s’est tenue durant le week-end de Pentecôte à Confluence (Lyon), dans une ambiance chill.
Ils ont choisi le bio sur des parcelles au dénivelé impressionnant. À travers les expériences de Camille Goudard, Julien Cécillon et François Villard, trois domaines de la Vallée du Rhône septentrionale aux réalités bien différentes, se dessine le portrait d’une viticulture exigeante. Entre efforts humains colossaux, investissements conséquents et pratiques à réinventer, un métier se joue ici à flanc de colline.
La viticulture de coteau impose des conditions de travail hors normes. Et lorsque s’y ajoute le choix d’une viticulture bio, l’équation se complique encore. Deux défis majeurs se posent alors. D’un côté, la gestion de l’herbe, sans désherbants chimiques, et de l’autre, celle des maladies, avec des produits de contact à renouveler régulièrement. Conséquence, les heures s’accumulent. Sur sa parcelle de 3 000 m² située sur le lieu-dit Saint-Joseph, Julien Cécillon estime par exemple entre 1 500 et 2 000 heures de travail à l’hectare par an, vendanges comprises.
À cette fatigue physique s’ajoute la difficulté de recruter une main-d’œuvre pendant la saison des travaux en vert. Il n’est pas rare que certains saisonniers abandonnent après une journée. Pour tenter de les fidéliser, tous mettent en place des leviers. Les salaires sont majorés pour les travaux les plus durs, et certains, comme François Villard, vigneron à Saint-Michel-sur-Rhône, ont aménagé un campement sur le domaine avec toutes les commodités pour leurs équipes.
Malgré l’usure que ce travail engendre, l’engagement ne faiblit pas. « En 2024, on était épuisé, mais je ne me verrais pas revenir aux herbicides. Quand je vois l’état de mes sols, je n’ai pas de doute », affirme Camille Goudard. Chez Julien Cécillon aussi, la passion reste intacte : « Même si c’est particulièrement dur, je n’ai qu’à lever les yeux et ça me rend heureux ». Une viticulture de sueur et d’engagement, à contre-courant de toute standardisation.
Un outillage spécifique au travail en coteau
Face à des pentes parfois extrêmes, les vignerons adaptent leur matériel à la topographie de leurs parcelles. Treuils, débroussailleuses, pioches, chenillards ou encore atomiseurs portés à dos… tout dépend du relief, de l’accessibilité de la parcelle et de la manière dont les rangs ont été plantés. Un treuil, par exemple, ne peut s’utiliser sur des parcelles en dévers. D’où l’importance, lors de la plantation, de penser à l’orientation et à l’alignement des ceps.

Cet outil occupe d’ailleurs une place à part. Lourd, lent, chronophage, le treuil reste souvent le seul moyen d’intervenir sur les parcelles les plus raides. « Il était là il y a cinquante ans et on y revient aujourd’hui pour des raisons environnementales », note Camille Goudard. À côté de ces techniques anciennes, certains outils modernes ont changé le quotidien dans les vignes de coteau. C’est le cas de la débroussailleuse, qui a fait, à l’époque, figure de petite révolution. « C’est l’outil magique », résume François Villard. Facile à manier, elle permet de naviguer entre les rangs avec efficacité.
D’autres outils plus récents, comme le drone, commencent à faire aussi leur apparition dans les discussions. Julien Cécillon y réfléchit, sans en faire une priorité : « Un jour peut-être… mais pour l’instant, c’est hors de prix et pas encore très efficace sur tous les sujets. » Le drone reste donc une technologie marginale dans ce vignoble, mais peut-être qu’il se démocratisera un jour. En attendant, le travail reste largement une affaire d’huile de coude.
Entre tâtonnements et résilience
Face aux défis du bio en coteau, il n’y a pas de méthode universelle. Chaque vigneron compose avec la pente, le climat, l’histoire de ses parcelles et les moyens dont il dispose. Certains traitements se font au tracteur, d’autres à dos. Le travail du sol mobilise, selon les cas, la traction animale, un treuil ou simplement le piochon.
Ces tâtonnements se traduisent aussi dans les choix d’enherbement. Là où Julien Cécillon et Camille Goudard optent pour un travail régulier du sol afin de maîtriser l’herbe, François Villard fait un autre pari. Sur une partie de ses parcelles, il a choisi de maintenir un enherbement et d’implanter du sedum, une plante couvre-sol à enracinement dense et peu concurrentielle. Une stratégie en lien direct avec la taille de son domaine, quarante-cinq hectares, dont une vingtaine en coteau.
Dans ce contexte, les échanges s’enrichissent aussi d’expériences venues d’ailleurs. Les régions viticoles de montagne deviennent notamment des sources d’inspiration pour repenser les pratiques. En Vallée du Rhône septentrionale, le retour à la vigne en coteau reste relativement récent, et le bio y est en plein développement. Tout reste donc à apprendre, à tester, à ajuster. « On effleure juste la réflexion autour de la gestion des sols », confirme Camille Goudard. Chacun avance à son rythme, avec ses outils et ses limites. Une viticulture en mouvement, façonnée par le terrain, les contraintes… et une certaine idée de la résilience.

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