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publié le 12 février 2022

Le bio qui monte, qui monte…

Elise Rivière et Agnès Boisson, conseillères en viticulture pour l’association Bio Bourgogne.

 

Année après année, la viticulture bio gagne du terrain en Bourgogne et ce dans toutes les régions viticoles. Dans son numéro 163, disponible en ligne depuis le début de la semaine et bientôt en kiosque, Bourgogne Aujourd’hui est allé à la rencontre d’Agnès Boisson et Elise Rivière ; conseillères en viticulture pour l’association Bio Bourgogne, elles travaillent au quotidien avec les domaines certifiés ou en cours de conversion en agriculture biologiques.

Retrouvez ci-dessous quelques passages de leur interview, dont l’intégralité est disponible dans Bourgogne Aujourd’hui.

 

 

Pour commencer, présentez-nous Bio Bourgogne. Depuis quand l’association existe-t-elle ?

Élise Rivière : L’association a été créée dans les années 1980. La mission principale de la structure consiste à développer et promouvoir l’agriculture biologique avec des producteurs, des collectivités locales, des écoles, etc. Elle est composée de personnes chargées du suivi et du développement du territoire et d’autres responsables de l’accompagnement technique, comme Agnès et moi. Toutes les filières agricoles sont représentées, le maraîchage, l’élevage, la grande culture ou la viticulture.

Agnès Boisson : Les techniciens sont 100 % bio, ce qui fait la différence avec d’autres structures comme les chambres d’agriculture. On ne suit que des parcelles en bio. Les vignerons qui souhaitent convertir leur exploitation peuvent le faire seuls, mais c’est dommage. Nos accompagnements en conversion sont gratuits dans la mesure où ils sont pris en charge par la Région.

 

Existe-t-il un profil type de domaine qui entame une certification bio ?

ER : Les dynamiques de conversion sont vraiment différentes en fonction des départements. En Côte-d’Or, la typologie des exploitations est plus petite, alors que dans l’Yonne, ce sont de plus grosses entreprises.

AB : Pour revenir à la Côte-d’Or, je rencontre soit des domaines d’une dizaine d’hectares, soit de très grosses structures, avec plus de 100 hectares, ce qui a été le cas en 2021. Les approches, les attentes et les moyens ne sont pas du tout les mêmes. J’accompagne provisoirement aussi quelques domaines en Saône-et-Loire où là encore, les préoccupations sont différentes, ainsi que les conditions climatiques.

 

Rentrons dans le vif du sujet, avec les derniers chiffres dont nous disposions. 5 668 hectares cultivés en bio en 2020, soit l’équivalent de 17 % du vignoble. Ce chiffre est-il à la hausse en 2021 ?

ER : Effectivement, l’augmentation continue, comme depuis ces trois dernières années, majoritairement en Côte-d’Or, malgré le millésime compliqué. La courbe globale est toujours croissante. Le chiffre n’est pas encore définitif mais il devrait avoisiner les 7 000 hectares pour toute la Bourgogne.

 

Comment expliquer cette hausse constante des conversions ? Quelles sont les motivations des domaines qui sautent le pas ?

ER : La santé et la protection de l’environnement sont deux préoccupations majeures, avec une prise de conscience sur l’avenir, une réflexion et une remise en cause. La demande est aussi de plus en plus importante d’un point de vue économique, avec un marché des vins bio qui s’élargit.

AB : L’objectif de l’état est d’envoyer les gens vers des certifications, pas que bio, mais on peut aussi parler du label Haute Valeur Environnementale (HVE). Certains domaines qui sont HVE depuis un certain nombre d’années veulent aller plus loin et compléter avec le bio. Il ne faut pas opposer ces deux certifications, elles sont complémentaires. Il existe d’ailleurs des bios qui se certifient HVE aussi. Je rencontre également des domaines qui choisissent la certification dans un souci de transmission. Les enfants vont reprendre le domaine, donc ils souhaitent donner de la valeur pour qu’ils aient un outil déjà certifié AB. En Côte-d’Or, je vois aussi des profils de domaines qui ont des pratiques bio depuis parfois plus de dix ans, et qui ne voyaient pas l’intérêt de se certifier. Mais à force d’en parler à leurs clients qui leur demandent pourquoi ils ne se lancent pas dans la certification, ils y vont. La pression du consommateur existe.

 

La Bourgogne fait figure de bon élève à l’échelle de la viticulture française ?

AB : Le dernier chiffre que j’ai en tête, c’est 14 % de vignes cultivées en bio en France. On était déjà au-dessus en 2020 avec 17 % en Bourgogne. Pour 2021, on sera tout près des 20 %, donc effectivement, la Bourgogne est au-dessus de la moyenne nationale.

 

 

On a pu entendre des vignerons « se plaindre » de la rigidité du cahier des charges, notamment après la grêle de 2016 où certains bio ont dû avoir recours à un traitement conventionnel en espérant sauver ce qui restait de leur récolte. Ils auraient aimé avoir droit à une exception, encadrée par des règles, permettant de ne pas perdre leur certification et recommencer de zéro la conversion. Une évolution en ce sens est-elle envisageable ?

AB : La réglementation n’évoluera pas. Tous les ans, il y a des zones de turbulences, plus ou moins longues, importantes ou risquées. Le cahier des charges est fait pour le consommateur, pour lui apporter la meilleure lisibilité et traçabilité possible pour garantir un produit de qualité. Être en bio, n’est pas synonyme d’avoir la corde au cou. On peut effectivement arrêter et réengager rapidement ses parcelles. La grande majorité des domaines qui ont eu recours à un produit de synthèse a fait cette démarche avant les vendanges 2016. Ils étaient de nouveau en AB en 2019. À ma connaissance, il n’y en a que deux qui ne sont pas repartis rapidement. Un s’est réengagé en 2021, et l’autre n’a pas redemandé la certification mais il continue d’appliquer les mêmes pratiques.

 

 

Propos recueillis par Élisabeth Ponavoy

Photographies : Thierry Gaudillère

 

 

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