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publié le 24 août 2022

Vendanges 2022, un départ en douceur !

Le potentiel du millésime 2022 est superbe en pinot, noir.

 

Les 2022 blancs s’annoncent prometteurs pour celui qui aura su maîtriser les rendements et couper mûr.

 

 

C’est l’image de notre matinée de visites dans les vignes de Côte de Beaune, à la recherche des premiers vendangeurs du millésime 2022 ; l’équipe du domaine Vincent Girardin, composée de Polonais (il est vrai qu’il n’y a plus de chômeurs en France…) en train… d’effeuiller les rangs de vigne en Meursault premier cru Les Genevrières. “Avec le temps très chaud, sec, les maturités progressent doucement. Leur contrat commençait lundi, alors nous les occupons en attendant que les raisins soient mûrs. Et puis, on gagne 15% de temps environ en vendangeant des pieds effeuillés”, explique le responsable des vignes du domaine.

Et le domaine Girardin n’est pas le seul à tuer le temps… A en croire notre maigre “récolte”, nous n’avons pu dénombrer que 10 à 15 équipes ce matin entre Beaune et Chassagne-Montrachet, il semblerait en effet que la tendance générale soit à attendre encore quelques jours avant de débuter les vendanges ; attendre histoire de permettre aux raisins d’aller au bout de leur maturité et parce que les vignes ont globalement bien résisté à l’été torride ; elles restent vertes, encore actives en photosynthèse et capables de continuer le processus de maturation des raisins.

 

Une sécheresse exceptionnelle

 

A ce stade de notre propos, nous éviterons toutefois de nous lancer dans le débat du choix de la “bonne” date de vendange, tout simplement parce que ce millésime 2022 doit être abordé sous l’angle d’une météo tout à fait exceptionnelle par la chaleur de la saison et surtout par la sécheresse qui sévit depuis des mois. A ce jour, il n’est tombé en juillet et août que 40 à 50 mm d’eau en cumul sur la région, + ou – 10 mm en fonction des caprices des orages ; 40 à 50 mm c’est moins de la moitié de la pluviométrie normale dans la région à cette époque et de l’avis de tous les vignerons contactés, la situation serait catastrophique sans les grosses pluies orageuses (souvent plus de 100 mm en quelques jours) de la fin du mois de juin.

Toutes les pluies tombées depuis juin l’ont donc été sous formes d’orages, avec heureusement peu de grêle, mais une très grande variabilité dans les cumuls parfois même entre deux villages voisins, qui peut expliquer que certains secteurs un peu plus arrosés soient aujourd’hui plus en avance que d’autres. Simple… Cette sécheresse est couplée à une récolte qui en Bourgogne (c’est beaucoup moins le cas dans le Beaujolais) s’annonce abondante partout, en rouge comme en blanc. Et si l’on veut bien ajouter les pratiques culturales (date de taille plus ou plus moins tardive, ébourgeonnage plus ou moins sérieux, labours profonds ou superficiels, couverts végétaux ou pas, enherbement, hauteur du feuillage…) des uns et des autres, qui influent fortement sur les rendements et le rythme de la maturation des raisins, il est très difficile aujourd’hui de s’y retrouver. Retrouvez ci-dessous quelques avis de vignerons et vigneronnes, du nord au sud de la Bourgogne et du Beaujolais, contactés hier et aujourd’hui.

 

Encore une petite étape à franchir

 

A Chablis, Benoît Droin se prépare sans précipitation. “Les raisins n’ont pas encore assez de goût, la pulpe n’est pas assez juteuse, il faut que les petites pluies de la semaine dernière et le soleil de cette semaine fassent leur effet et cela devrait être possible de commencer vers le 31 août ou le 1er septembre. Je sais qu’il y aura de bons degrés, alors je vais me décider en fonction des prochains prélèvements. Il y a des parcelles chargées, mais globalement le manque d’eau a réduit le potentiel initial de la récolte, alors je pense que l’on fera le rendement, mais pas plus”.

En Côte de Nuits, le pinot noir a quelques jours de décalage sur la Côte de Beaune et la récolte devrait débuter en fin de semaine prochaine. “Aux prélèvements de lundi, il y avait entre 11,3 et 11,8 degrés et en goûtant les baies, on sent bien qu’il y a encore une petite étape à franchir ; un peu de patience et tout devrait être prêt pour commercer de vendanger le 1er ou le 2 septembre”, estime Laurent Lignier (domaine Hubert Lignier), vigneron à Morey-Saint-Denis, qui poursuit : “Nous avons fais un ébourgeonnage sérieux, sans chercher à compenser la perte de 2021, alors on va faire une belle récolte en 2022, sans plus, bien inférieure à 2018. Il y avait plus de raisins, des raisins plus gros et plus de jus en 2018. La sortie de raisins était importante en 2022, mais le manque d’eau va avoir pour effet de limiter la production”.

 

Un potentiel énorme en pinot noir

 

Volnay est un village considéré comme globalement précoce et pourtant Thomas Bouley ne voit pas de raison de se précipiter. “Ce que je goûte dans mes vignes ne me plait pas ; pour moi les raisins ne sont pas mûrs. Le vignoble est encore vert, superbe, en pleine santé, il fait beau, les nuits sont fraîches pour bien permettre aux vignes de se reposer. Il y a des conditions idéales, le potentiel est énorme en pinot noir, alors je ne veux pas le gâcher en vendangeant trop tôt. En rendement, je ne vais pas faire plus de 35-40 hl/ha. De toutes les façons, la vigne n’est pas une machine ! Dès qu’elle est trop chargée, est peine, dépérit, les raisins mûrissent mal et cela impacte la récolte de l’année suivante. C’est un cercle vicieux”.

A Volnay toujours, le domaine Marquis d’Angerville a pris la décision inverse de vendanger tôt et ce dès hier en coupants ses premiers crus Fremiets et Caillerets, toujours les plus précoces du domaine qui, rappelons-le, à toutes ses vignes de pinot noir sur Volnay. “J’ai le sentiment que nous avons coupé au bon moment et que nos raisins sont mûrs même à 12,7/12,8 degrés naturels ; il ne faut également pas oublier que la biodynamie raccourci le cycle végétatif ce qui explique en partie pourquoi nous vendangeons tôt”, explique Guillaume d’Angerville, dont le domaine est certifié en biodynamie depuis 2009.

 

Vinifier sans chaptaliser

 

A Meursault, le domaine Roulot n’est pas réputé pour vendanger le dernier. “Quelques jeunes vignes, qui ont souffert de la sécheresse, sont vendangées à partir d’aujourd’hui, mais nous allons véritablement attaquer ce week-end dans les grands vins. La maturité progresse doucement. Les vignes sont belles, les raisins sont sains, sans flétrissement, il faut encore un peu de lumière et cela sera un beau millésime”, prédit Jean-Marc Roulot.

A Meursault toujours, Patrick Essa (domaine Buisson-Charles) va attendre quelques jours supplémentaires. “Il y a déjà de bons degrés, entre 11,5 et 12, mais il faut que les peaux s’affinent, dorent, que les pulpes soit plus liquides, plus juteuses et je pense que vers le 2 ou le 3 septembre nous aurons les 13 à 13,5 degrés nécessaires pour vinifier sans chaptaliser. Nous avons comme d’habitude cherché à garder 7 raisins par pied, ce qui devrait faire autour de 50 hl/ha cette année, mais cela va dépendre du rendement en jus très incertains avec la sécheresse”.

Quelques kilomètres plus au sud, à Rully, en Côte Chalonnaise, Vincent Dureuil tient le même discours. “Nous allons vraiment commencer le 3 septembre, pas avant. Dimanche dernier, les prélèvements donnaient 11,5 à 12,5°. Les vignes sont belles, vertes, en plein forme. J’ai prévu une grosse équipe et tout sera prêt pour vendanger vite en une semaine… si tous les vendangeurs viennent”, lance Vincent dans un grand éclat de rire.

Cap sur le Mâconnais où Frédéric Burrier (Château de Beauregard) vendange depuis aujourd’hui avec déjà plus de 13 degrés naturels dans son Château du Clos, à Pouilly, toujours très précoce, mais le cœur de la récolte est prévu en milieu de semaine prochaine. Les réalités sont différentes d’un domaine et d’une appellation à l’autre, puisque quelques kilomètres plus au nord, dans le Mâconnais toujours, en AOC Viré-Clessé, Jean-Pierre Michel, vigneron à Clessé, ne voit rien venir avant… le 5 septembre : “Les maturités ne sont pas bloquées, mais elles vont doucement à cause de la sécheresse et de la charge importante en raisins. Je ne veux pas chaptaliser alors rien ne justifie l’affolement.” Chez Gondard Perrin, à Viré, Frantz-Ludwig Gondard est également bien décidé à ne pas se précipiter. “Ce n’est tout simplement pas mûr et les vendanges commenceront en fin de semaine prochaine, voire au début de la suivante”.

 

Récolte faible et grand millésime en vue dans le Beaujolais

 

Le Beaujolais a connu le même été que la Bourgogne, peut-être encore un peu plus chaud et plus sec (8 mm de pluie seulement en moyenne en juillet) ; conséquence directe de cette sécheresse : si les grappes sont nombreuses sur les pieds, elles sont de petite taille et la récolte s’annonce même comme l’une des plus faibles des 5 dernières années. Tout l’inverse de la Bourgogne…

Louis-Benoit Desvignes (domaine Louis-Claude Desvignes, à Villié-Morgon) table sur une moyenne de 30-35 hl/ha, avec 25 sur les terroirs granitiques sableux a faible rétention d’eau où les jeunes vignes peu enracinées ont souffert et plutôt 40 sur les pierres bleues, les terroirs plus argileux. “Cela étant, je suis résolument optimiste pour 2022. C’est un grand millésime de garde dans la lignée de 2009, 2015, 2018 et 2020 qui s’annonce”.

Un peu plus au sud, Frédéric Berne, vigneron à Lantignié, est sur la même longueur d’onde. “Je vais commencer de vendanger ce samedi 27 août et c’est de toute beauté. Les pluies de la semaine dernière ont rééquilibré les raisins, les maturités progressent doucement et on va finir à 13, 13,5, sans excès dans les degrés. La messe est dite”.

 

Christophe Tupinier

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