Le boom du "bio" : entre avancées et ambiguités !


26/03/2020

La progression spectaculaire de la viticulture "bio" est un fait marquant de ces 25 dernières années en Bourgogne. Une belle avancée également, même si quelques questions restent en suspens...

Les soucis techniques conjoncturels de connexion étant résolus (au moins pour un temps...), voici donc la suite du dossier "25 ans" paru dans le numéro 149 de Bourgogne Aujourd'hui. Un focus aujourd'hui sur la spectaculaire progression de la viticulture bio.

Le numéro 152 du magazine sera mis en ligne dès la fin de semaine prochaine. Il comprendra des guides d'achat sur les Chambolle-Musigny, les Santenay, les Maranges, un dossier sur les "fondamentaux de la Bourgogne", un article sur le domaine "culte" Coche-Dury (Meursault), ainsi qu'un cahier d'une trentaine de pages sur le Beaujolais avec notamment un guide d'achat des magnifiques crus 2018 et une dégustation verticale du Morgon Côte du Py de Jean-Marc Burgaud. Abonnez-vous !


Dans les années 1960-1970, quelques vignerons "pionniers" avaient décidé de travailler la terre et de cultiver leurs vignes sans aucun produit chimique, afin d'offrir des vins exempts de résidus nocifs. Chacun, dans sa région de production, avec parfois le soutien de quelques personnalités du monde scientifique, s'était investi dans cette voie difficile, mais avec la conviction qu'une nouvelle viticulture était possible. À cette époque, les pouvoirs publics se désintéressaient totalement de ce type de production. C'est seulement à partir de la loi d'orientation agricole du 4 juillet 1980 que l'on a vu apparaître l'idée « d'une agriculture n'utilisant pas de produits chimiques de synthèse, tant dans les fumures que dans les traitements pour la protection de la plante ». L'agriculture et la viticulture biologiques et biodynamiques étaient enfin reconnues.

En 2019, 318 exploitations bourguignonnes, cultivant 2 437 hectares (sur un peu plus de 29 000 au total en Bourgogne), sont en agriculture biologique, ce qui représente près de 17 % de la surface totale du vignoble en Côte-d'Or, 4 % en Saône-et-Loire et 6 % dans l'Yonne. Il existe donc encore une forte marge de progression. Bien sûr, la viticulture biologique nécessite davantage de main-d'oeuvre, plus de travail, et elle engendre également plus de frais, mais l'augmentation régulière des prix des vins a permis à de nombreuses exploitations de franchir le pas.

Jusqu'au 1er août 2012, seuls les raisins étaient certifiés « issus de l'agriculture biologique » ; mais depuis cette date, un règlement européen a fixé de nouvelles normes pour que la vinification puisse également être certifiée, afin d'obtenir la mention « vin biologique ». À la lecture de ce texte, on découvre que la vinification des vins biologiques peut recourir à une quarantaine d'additifs et d'auxiliaires oenologiques, d'origine biologique ou non : gomme arabique, dioxyde de silicium, citrate de cuivre, copeaux de bois, plusieurs sortes de gaz, de levures et d'enzymes, la résine de pin d'Alep, etc. (Annexe I A du règlement CE n° 606/20091). Dans le pire des cas, on pourrait donc trouver sous le logo européen, un vin levuré, enzymé, avec une addition de phosphate diammonique ou de sulfate d'ammonium, centrifugé, enrichi, électrodyalisé et élevé grâce à l'utilisation de morceaux de bois de chêne, plus quelques autres béquilles oenologiques. Heureusement, certaines de ces pratiques sont totalement interdites par les décrets d'appellation des vins de Bourgogne et l'on peut espérer que les vignerons n'auront pas, en agriculture biologique, nécessairement recours à ces artifices oenologiques. D'ailleurs, les vins certifiés en biodynamie n'ont droit qu'à une vingtaine de ces auxiliaires oenologiques. Finalement, seule la catégorie, non homologuée à ce jour, des vins dits « naturels », qui rejette tous ces adjuvants, pourra peut-être à l'avenir constituer un « vin bio » au sens le plus strict du terme. La notion de « vin bio » recèle donc encore quelques ambiguïtés. On peut espérer qu'à l'avenir, l'exigence des vignerons et la vigilance des consommateurs seront de nature à faire progresser la viticulture et la qualité des vins biologiques.

Gilles Trimaille


retour