Vendanges au Domaine Vendome, sur une parcelle de la partie nord de l’appellation Crozes-Hermitage (photo Cécile de Blauwe).

Rhône nord : millésime 2025, historique ou tournant climatique ?

L’année 2025 laissera une empreinte forte dans la mémoire des vignerons de la Vallée du Rhône septentrionale. Elle incarne à la fois la brutalité du climat et la formidable capacité d’adaptation du vignoble. Deux canicules, en juin puis en août, ont rythmé la saison, la seconde se révélant particulièrement redoutable.

Si la vigne avait su résister à la première vague de chaleur du mois de juin, portée par un hiver et un printemps généreusement arrosés, celle d’août a mis les organismes à rude épreuve. « Il y avait un fond hydrique suffisant pour amortir le choc de juin », explique Cyril Courvoisier, Président de l’appellation Cornas, « mais la semaine à plus de quarante degrés en août a créé des situations très contrastées selon l’altitude et l’exposition des coteaux. »

Puis, vers la fin du mois d’août, des pluies modérées sont venues soulager les ceps et redonner un peu de souffle à la vigne. C’est dans ce contexte que les vendanges ont débuté à des dates exceptionnellement précoces, comme à la Maison M. Chapoutier, qui a donné les premiers coups de sécateur dès le 14 août sur ses parcelles de Saint-Péray.

Des équilibres prometteurs malgré des volumes en baisse.

Les volumes s’annoncent en retrait. La faible sortie de grappes, constatée dès le mois de mai, avait déjà alerté les vignerons avant même la canicule. Le stress thermique n’a fait qu’accentuer ce déficit, aggravé localement par une pression du… gibier.

Pourtant, la qualité semble au rendez-vous. L’état sanitaire des raisins s’est révélé exemplaire et les premières dégustations en fin de fermentation laissent entrevoir des vins concentrés et équilibrés. « C’est solaire, dense en couleur, concentré en tanins, mais sans excès », souligne Cyril Courvoisier. « On a conservé de belles acidités et une perception tannique fine et élégante. » Ce qui traduit à la fois l’expérience accumulée par les vignerons face aux extrêmes climatiques et la richesse du millésime.

2025 s’annonce comme un millésime solaire (Photo : Cécile de Blauwe).

 

A Saint-Péray, les vendanges ont débuté dès la mi-août (photo : Christophe Grilhe – Inter Rhône).

 

Vers une nouvelle ère d’adaptation

Avec un été classé parmi les trois plus chauds jamais enregistrés en France, 2025 marque un tournant pour la viticulture. Comme le souligne Cyril Courvoisier, « ces phénomènes sont d’une violence incroyable et d’une rapidité qui dépasse le rythme d’une génération de vignerons ». Selon lui, il est difficile de dégager une tendance générale, sinon celle des extrêmes : « Depuis 2021, on passe dans la région d’un millésime caniculaire à un millésime pluvieux, d’un gel sévère à des chaleurs records. »

Malgré les défis de ce millésime 2025, la vigne, comme les vignerons, fait preuve d’une résilience remarquable. Grâce à une meilleure compréhension des terroirs et à des pratiques toujours plus fines, la Vallée du Rhône septentrionale démontre sa capacité à transformer ces épreuves en apprentissages et à bâtir, millésime après millésime, les bases d’une viticulture plus adaptable.

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