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publié le 24 juin 2022

Grêle : la Bourgogne a-t-elle l’arme absolue ?

Générateur anti grêle installé à Volnay, en Côte de Beaune.

 

La Bourgogne et le Beaujolais ont-ils l’arme absolue en matière de lutte contre la grêle, ce que les intempéries de ces dernières semaines pourraient laisser penser ? Alors que partout (Touraine, Bordelais, Cognac, Languedoc…) les dévastations se chiffrent en milliers d’hectares, la région s’en sort relativement mieux que les autres… pour l’heure.

Le Mâconnais est a priori à ce jour la région viticole la plus touchée, à Vergisson, Solutré, Mancey, Pierreclos, Prissé, Lugny… et autour du village de Chapaize, où des dizaines d’hectares ont été hachés. Le nord de la Côte de Nuits a également souffert entre Gevrey-Chambertin et le sud de Marsannay ; dans ces différents secteurs, les dégâts sont très variables, allant de 10 à 50% de perte prévisible de récolte. Et Gevrey a même eu la double-peine avec mardi dernier, en fin de journée, des pluies diluviennes ; plus de 100 mm sont tombés en une heure inondant les caves, ravinant les coteaux, creusant de véritables tranchées dans les rangs. Toute intervention en enjambeur est aujourd’hui compliquée et dangereuse, alors qu’il faudrait pourtant traiter rapidement au cuivre pour favoriser la cicatrisation des plaies sur les feuilles et les raisins. Les ODG des villages de Gevrey-Chambertin et Brochon ont d’ailleurs demandé officiellement la possibilité d’effectuer des traitements par hélicoptère, ce qui est aujourd’hui interdit sauf dérogation ministérielle ; le dossier est sur le bureau du préfet de Côte-d’Or, dont la réponse est attendue dans la journée.

Le Beaujolais qui avait jusqu’alors été relativement épargné, a été frappé hier et dans des villages comme Blacé ou Dénicé, les dégâts sont importants.

 

Un générateur pour protéger les Airbus de la grêle

 

La Bourgogne et le Beaujolais n’ont donc pas été épargnés, mais Thiébault Huber, vigneron à Meursault, président de la CAVB (Confédération des Appellations et des Vignerons de Bourgogne) et de l’ARELFA Bourgogne (émanation régionale de l’ANELFA), association créée au milieu des années 2010 pour lutter comme cette grêle qui en 2014, 2013 et 2012, avait pilonné la Côte de Beaune, reste persuadé que le bilan serait bien plus lourd sans le réseau de générateurs anti-grêle à vortex.

“L’appareil a été conçu en 1954, par un professeur toulousain, M. Dessens, à la demande d’Airbus qui souhaitait protéger ses avions sur parc. Depuis 2017, 144 générateurs sont en place, de Chablis au sud du Beaujolais, gérés par 419 bénévoles qui en cas de réception d’une alerte grêle se chargent de l’allumage des appareils, au minimum 4 heures avant le passage des cellules orageuses. Le réseau protège aujourd’hui 43 500 hectares pour la somme modique de 6 euros par an de l’hectare, par entreprise ; ce n’est pas le seul de ce type en France, mais le plus dense et donc probablement le plus efficace”, explique Thiébault Huber.

 

Des milliards de particules aspirées par les orages

 

Dans la région, les orages suivent toujours la même trajectoire, du sud-ouest vers le nord-est ; les premiers générateurs sont installés à prés de 50 kilomètres des vignobles et les derniers au cœur même des villages viticoles, comme à Volnay pour la photo ci-jointe.Tout au long de leur trajet, les orages sont ensemencés en milliards de particules issues de la combustion dans les générateurs d’une solution d’acétone et d’iodure d’argent. Au passage de l’orage, les particules sont aspirées, grimpent à 10 000-12 000 mètres d’altitude, où elles vont avoir pour effet de réduire la taille des glaçons qui fondront plus facilement tout au long de leur chute pour se transformer en eau ; la pluviométrie est accrue de 10 à 15%, mais on ne peut pas tout avoir… L’allumage des générateurs répond à un protocole précis et il est essentiel que tous les générateurs soient allumés pour éviter les “trous dans la raquette” et avoir ainsi une efficacité maximale.

“Les générateurs ne constituent malheureusement pas l’arme absolue, mais selon l’ARELFA la formation de grêlons est réduite de 50%”. Bref, Thiébault Huber est persuadé que cela marche et il n’est pas le seul ; sur une période de 20 ans (1990 à 2010), les compagnies d’assurances ont effet constaté une baisse de près de 50% de leurs indemnisations aux cultures (vignes, champs, vergers…) dans les zones protégées par les générateurs ! Des chiffres qui vont tous dans le même sens…

 

Texte : Christophe Tupinier

 

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